Blog de l'Etudiant Irrecuperrable

Parce que mes 52 heures de fac hebdomadaire ne me suffisent pas. Parce que les sciences rendent con. Parce que la vita est bella... Parce que je fais 1m74 et que le monde est grand, Pour moi, pour elle, pour vous aussi, il le fallait, ce blog.

Sunday, November 26, 2006

Find it! (6)

Sandier s’accorda encore une petite minute de doutes, avant que sa conscience professionnelle prenne le dessus. Avec la foule présente dans le gigantesque camion, il n’avait aucune chance de ramasser des indices supplémentaires, et il se prit à espérer que l’équipe qui s’en était chargé l’ait fait consciencieusement.
L’affaire se compliquait rapidement, il fallait limiter les dégâts. Il était temps d’agir, certains commençaient à installer leur matériel, d’autres venus avec leur brigade, discutaient avec animation à quelques pas seulement du cadavre…

Il prît les commandes et fit sortir tout le monde sur le champ, restant seul avec le défunt. Il se saisit d’un tabouret, puis s’assit en face du cadavre, qu’il fixa quelques minutes, sans dire un mot. Sa façon de faire, concernant les meurtres, était quasi-inconnue, mais il avait acquis une certaine réputation en résolvant quelques grosses affaires avec une rapidité éclatante. Cela dit, beaucoup ignoraient que cela tenait parfois uniquement à des petits tête-à-têtes avec les victimes, qu’il questionnait toujours en silence, en les regardant dans les yeux. Des questions simples au départ, comme par exemple « votre agresseur était-il un homme ou une femme ? » Il regardait alors les détails de la scène du crime, les plaies, l’expression du visage, le message transmis par le meurtrier dans son acte, et il obtenait en général une intuition qui l’avait rarement trompé.

Sandier était ainsi en plein interrogatoire quand une femme aux talons hauts revêtue d’un tailleur Chanel fit irruption, entourée des éclats de voix des policiers qui tentaient de la retenir. Incarnation même de la tornade de beauté, imposante, sure d’elle, elle se tenait déjà derrière le capitaine, qui ne prit pas la peine de se retourner, bien qu’une effluve de son parfum ait flotté jusqu’à lui.

« -Mademoiselle Maskell, vous n’auriez jamais du voir ça.
-Oh je vous en prie capitaine, j’ai vu notre oncle mourir, brûlé vif au grand prix de Monaco, avec toute ma famille il y a de cela 6 ans, vous savez, notre famille a vécu bien des drames ces dernières années.
-Ma foi… si je ne m’abuse, votre oncle avait perdu une roue lors d’un accrochage dans le tunnel, à plus de 270km/h… Utilisez le seau à votre droite… tandis que votre frère… (Il se leva soudain, et fixa son regard droit dans les yeux émeraude de l’extravagante) Votre frère a été battu ce soir, puis assassiné. On lui a tiré dessus, et au vu des autres plaies, je pense qu’il devait être reconnaissant au meurtrier de lui abréger ses souffrances.
-Vous savez, j’ai tout de suite su qu’il lui était arrivé quelque chose. Au moment ou les médias ont signalé la présence d’un cordon de police dans le parking du salon, j’ai su qu’on s’en était pris à mon frère. C’est… quelle barbarie, monsieur Sandier. Je dois vous prévenir que vous devrez être performant, parce que j’userais de ma fortune personnelle pour savoir qui a assassiné mon frère ce soir…
A cet instant, le capitaine se baissa, attrapa le seau auquel il avait fait référence, et se rapprocha encore de la jeune femme.
-Je ferais ce que je pourrais, mademoiselle, et vous le savez. »

Elle prit, intriguée, le seau comme il lui tendait, et à cet instant seulement, fut prise d’une irrépressible envie de vomir.

Au dehors, un tapis de journalistes de tous médias confondus rendait tout mouvement impossible, aussi Matthieu Sandier, bien que cela lui répugne, s’adressa à la foule dans un communiqué qui n’excéda pas deux courtes phrases, suffisantes toutefois pour pouvoir obtenir de la presse une courte nuit de trêve. « Hugo Maskell est mort assassiné ce soir, et c’est une tragédie tant pour la famille du défunt que pour la communauté internationale. Mesdames et messieurs, laissez la police faire son travail, merci ». Après quoi le capitaine s’engouffra dans une voiture qu’il venait d’appeler.

Il fut surpris d’y retrouver Catherine Maskell, qui avait repris toute sa dignité, et qui le dévisagea longuement avant de parler.
« Monsieur Sandier, vous m’avez sans doute mal compris quand je vous ai dit vouloir faire tout ce qui est en mon possible pour trouver l’assassin de mon frère. Vous menez votre enquête comme bon vous semble, mais il en est de même pour moi, et il semble que nos routes nous conduisent à l’hôtel Crillon, n’est-ce pas ? ».

Sans laisser au capitaine le temps de répondre, elle tapota la vitre intérieure, et son chauffeur démarra immédiatement, laissant un Matthieu Sandier impressionné par tant d’assurance.

New Delhi : Inde

Avec six fuseaux horaires d’avance sur Paris, une tranquille après-midi se terminait dans la capitale, le soleil inondant encore la plupart des rues, mettant en valeur les couleurs chatoyantes de toute la ville. Au cœur du palais de Shandritrish cependant, un homme ne profitait ni de ses jardins intérieurs resplendissants, ni de la splendide harmonie des couleurs.

Sunday, November 19, 2006

Find it! (5)

Il est des informations capitales qui parfois prennent des heures à être communiquées. Ce ne fut pas le cas pour la Chasse Maskell. Dans leur grande majorité, les visiteurs, une fois l’information digérée, appelèrent leurs proches ou écrirent des textos. La nouvelle fut diffusée en direct à la télévision française, mais retransmise en différée partout dans le monde. Le service publicité de Maskell savait pertinemment quel ouragan la marque venait de lancer sur la scène automobile mondiale, mais ne s’attendait pas à ce que l’information circule si vite. Sur Internet, moins de 3 heures après la déclaration, on recensa plus d’un millier de forums dédiés à la chasse. En France, une personne sur deux fut mise au courant de l’information avant 18 heures ce soir là. Aux Etats-Unis, ou Maskell vendait près d’un tiers de ses modèles à de riches acteurs ou chefs d’entreprises, les chiffres étaient encore plus élevés. L’information fut le tour du monde en moins de 24 heures, et le sujet passionnait.

Quelques hommes, dont la puissance financière le leur permettait, offraient déjà le triple du prix de base de la Dream GT à qui trouverait la voiture en question, mais dans l’ensemble, la plupart des gens à qui l’on posait la question affirmaient une volonté farouche de garder la voiture… Hugo Maskell sourit encore, ce soir là, au vu des chiffres et des tendances. Peu importait en effet que la voiture soit rachetée par la suite, toute la publicité de la marque était fondée sur la chasse pour la Dream GT.

Et le monde entier, comme une fourmilière, commençait à remuer ciel et terre pour la trouver.

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En voyant l’impressionnant cordon de sécurité se dresser devant lui, le capitaine Sandier se demanda ce qu’il lui avait pris d’accepter l’affaire. Après tout il n’avait reçu qu’un coup de téléphone du préfet, chez lui, trois heures après la fin de son service à la brigade.

« Vous êtes le capitaine Sandier ? Très bien, habillez vous, une voiture est en route pour vous prendre. Souriez, Sandier vous êtes célèbre maintenant. »

Bien sur, le lieutenant venu le chercher ne lui avait rien dit de plus, comme s’il avait été certain que d’arriver sur une affaire sans rien savoir était le meilleur moyen de rentrer chez soi à une heure encore décente. Questionné, il s’était fendu d’un sourire et avait murmuré « vous allez adorer ». Sauf qu’à présent, il avait un mauvais pressentiment, comme tout le monde s’écartait sur son passage entre les différents camions et caravanes publicitaires. La presse était déjà présente, et en masse, mais elle ne l’atteint pas, et il continua d’avancer, jusqu’à ce que ses craintes soient confirmées.

« Double plaie par balle, les deux dans le cœur », annonça le légiste qu’il croisa en arrivant sur la scène du crime. Puis il vit la victime, et réalisa qu’il ne rentrerait jamais à une heure décente.


Attaché à une chaise, Hugo Maskell semblait encore narguer le monde entier. Il avait été sévèrement battu mais se dégageait toujours de lui une aura de noblesse, de supériorité écrasante. Son costume était pourtant déchiré, sa chemise ouverte laissant entrevoir des contusions sur son torse qui faisaient imaginer la violence que l’agresseur avait porté dans ses coups. Le meurtre remontait à moins d’une heure et demie, et la nouvelle ne tarderait pas à se répandre, même si la chance avait voulu que ce ne soit pas un journaliste qui découvre le corps, mais l’un des gorilles de la sécurité…

Matthieu Sandier soupira longuement, accroupi devant les cadavre d’un homme qui en plus d’avoir réalisé ses rêves les plus fous avait connu l’espace d’une journée une gloire à l’échelle planétaire. Il avait la migraine rien qu’à s’imaginer diriger l’enquête, ce que tout le monde autour de lui attendait qu’il fasse.
Il était évident que l’annonce faite plus tôt dans la journée avait attiré beaucoup d’ennemis à Hugo Maskell, et celui qui avait torturé et tué le PDG de la marque avait ce soir la fait montre d’une détermination extrême.

Restait la question qui hantait le capitaine comme tous les gens qui venaient d’apprendre la nouvelle : Le tueur avait-il trouvé ce qu’il était venu chercher ?

Sunday, November 12, 2006

Find it! (4)

Les organisateurs du salon de l’automobile se frottaient les mains. En ce dimanche 3 octobre, le salon ouvrirait ses portes à 9 heures du matin, mais une masse compacte et sans cesse grandissante de visiteurs se pressait devant l’entrée depuis 7 heures.

Certes le succès du salon était chaque année supérieur au précédent, mais cette année, ils pressentaient un record historique. Un instant décontenancés par les manœuvres de Maskell, qui avait frappé un grand coup la veille, les marques concurrentes avaient travaillés toute la nuit aux contre-attaques possibles.
Tout était bon pour attirer plus de public lors du premier jour, et si quelques constructeurs avaient estimé que le tapage autour de Maskell ne nuirait pas, ils étaient nombreux à se préparer à la guerre de la clientèle.

Chez l’un on distribuait des portes-clefs aux couleurs de la marque aux passants, pour d’autres, les tailleurs des hôtesses d’accueil avaient subitement rétréci au point d’atteindre la limite fixée par le règlement. Certains jouaient les alliances et posaient avec un sourire crispé devant le stand de la Dream GT, quand d’autres glissaient quelques billets dans les poches de certains journalistes pour qu’ils ne participent pas à ce « tapage médiatique ».

Cela dit dans l’ensemble, toutes les tentatives, y compris celles qui paraissaient prometteuses, furent annihilées à 10h précises.

Plus de 9 mille badauds déambulaient déjà dans le grand hall d’exposition, et tous qu’ils en soient conscients ou non, étaient passés près du stand de Maskell. Sur les deux écrans géants de la marque, on recommandait aux visiteurs d’attendre 10 heures du matin, et un grand nombre d’entre eux avaient suivi le conseil, tout à la joie qu’ils avaient de contempler la Dream Gt, judicieusement garée sur la plage. Bon nombre de regards étaient incrédules tant la beauté de la voiture surprenait. Elle ne ressemblait à aucune autre, mais dégageait un charme incroyable, attirant les hommes comme les femmes, la presse écrite comme la télévision, qui tous s’étaient finalement rassemblés devant le pupitre placé à côté de la voiture à l’heure annoncée.

Hugo Maskell s’avança alors, un splendide costume Hugo Boss mettant remarquablement en valeur sa carrure d’athlète et d’ancien pilote. Lorsqu’il prit la parole, il n’eut plus aucun doute. Quoi qu’il dise à cet instant, la marque avait gagné son pari concernant le salon : ils étaient tous pendus à ses lèvres. Et bien sur, il savait que ce qu’il allait leur déclarer allait encore faire redoubler d’intensité le feu allumé par la marque.

« -Mesdames et messieurs. Comme je l’ai dit hier soir dans ma déclaration, notre marque a su au cours des années conserver ses idéaux. Les automobiles que nous produisons depuis 20 ans et dont la Dream GT n’est que la dernière génération ont toujours symbolisé l’idéal que nous nous faisons d’une voiture, un rêve, que nous avons entretenu au cours de ces années et que nous vous faisons partager. Hélas, une automobile de prestige, construite avec les matériaux les plus fins, dotés des meilleurs moteurs et de la plus récente technologie ne peut se vendre qu’à un prix réservé aux élites. Or ce n’est pas l’objectif de notre marque de ne faire rêver qu’une élite.

Il fit une pause, et chacune des personnes dans l’assistance la vécut avec lui, retenant son souffle jusqu’à ce que, souriant et énigmatique, Hugo Maskell reprit la parole.

-La voiture que vous voyez à côté de moi est une Maskell Dream GT, son numéro de série est 001. 498 autres voitures de ce modèle sortiront de nos chaînes de production d’ici une année. Je vois d’ici les plus pertinents d’entre vous qui ont remarqué ce qu’ils appelleront une erreur. En effet hier soir ais-je affirmé que cinq cent Dream GT seraient produites… Le suspense a assez duré je pense.

-A présent regardez attentivement cette voiture. Une autre Dream GT, du même modèle de la même couleur avec le même décor intérieur ne sera pas vendue. Car la Dream GT au numéro de série 002 est cachée quelque part dans le monde. Je voudrais attirer votre attention sur ce point, je suis le seul à savoir ou cette voiture a été cachée et elle est actuellement bien dissimulée dans un endroit tout à fait public, quelque part sur notre planète. A partir d’aujourd’hui, je déclare le jeu Maskell Dream GT ouvert. Cette voiture peut être absolument n’importe ou sur cette terre. Nous l’avons cachée sans considération de pays, de continent ou d’alliance politique. Quiconque la trouve doit suivre les instructions de la lettre posée sur le siège passager.

Mesdames et messieurs, je vous souhaite une bonne journée, un bon salon de l’automobile et… une bonne chasse.>>

Wednesday, November 08, 2006

Find it! (3)

Devant eux, seul contre la tempête, l’homme au costume rayé, le sourire aux lèvres, semblait fixer chacun des visiteurs ébahis devant lui. Certains le reconnurent immédiatement, parce que dans la petite communauté des constructeurs, il était bien connu.

Hugo Maskell, car c’était lui, semblait plus confiant que jamais, assis dans un fauteuil au milieu de sa plage de sable fin. Puis, au moment précis ou la foule allait l’assaillir de questions, il se leva, et activa d’un geste souple le micro-cravate qu’il portait au revers de sa veste.

« -Mesdames et messieurs, je ne peux que comprendre votre étonnement devant le stand de la marque dont je suis le président, qui se présente à vous ce soir sans l’élément que vous attendiez tous. Afin de vous expliquer cette absence, laissez moi vous dire quelques mots.
A cet instant, il parût que dans tout le hall d’exposition, on n’entendit plus aucune autre chose que les murmures pressants de tous les visiteurs, journalistes et concurrents massés devant les bannières jaunes et bleues de Maskell.

-Mon oncle a créé cette marque il y a de cela près de vingt ans. Au cours de cette période, nous avons su nous imposer comme une marque de prestige, marquer les esprits avec nos modèles, et imposer le respect dans le monde pourtant fermé de l’automobile. Tout au long de ces années, nous avons suivi un idéal de transparence, de haut standing pour nos voitures, et de qualité de fabrication. Plus que cela mesdames et messieurs, pour vous tous, autant pour ceux qui ont la chance de conduire une Maskell que les autres, nos modèles ont toujours reflétés le rêve, l’image même que nous nous faisons de l’essence de l’automobile.

Toutes ces valeurs qui nous sont chères et qu’incarnent nos voitures depuis vingt années sont réunies dans la Dream GT. Comme son nom l’indique, cette voiture est un rêve. Un rêve de constructeur d’approcher la perfection de son art, un rêve de conducteur de pouvoir manier ce pur-sang sur circuit ou sur la route, rêve encore du public lorsqu’il la verra, l’entendra rouler, rugissante, dans les rues de nos cités. Chacune de ces voitures, et elles ne seront produites qu’au nombre de 500, sera totalement exclusive, suivant les choix du client.

Vous connaissez tous son prix, et je vous l’annonce, il s’agit d’un investissement qui mérite cette somme. Cela dit, nous refusons de nous ouvrir à un public qui n’appartient qu’à une élite, aussi n’aurez vous pas la chance de l’apercevoir ce soir, aussi riche ou chanceux que vous soyez d’être ici. De plus, je ferais demain une autre déclaration qui suscitera sans nul doute bon nombre de discussions.»

Sur quoi Hugo Maskell, après avoir lancé cette nouvelle bombe médiatique, tourna les talons le sourire aux lèvres sans laisser le temps à quiconque de lui poser une question, tous encore abasourdis par ce discours.
Il fut d’une efficacité ravageuse, car aux informations ce soir la, les commentateurs, au grand plaisir du service « relations publiques » de Maskell, parlaient plus de la marque seule que du reste du salon automobile tout entier.

Tandis qu’une grande partie du personnel de la marque dormait dans un bus spécialement équipé à cet effet, Hugo Maskell, s’était confortablement installé dans une chambre à l’hôtel Crillon. Il dormait déjà lorsque son portable sonna bruyamment. Il fallait avoir beaucoup de cran pour réveiller le PDG de la marque, car ses coups de sang étaient sans doute aussi connus des gens avec qui il travaillait, que les grandes décisions qu’il avait prises à la tête du groupe. Pourtant lorsqu’il décrocha, il s’efforça de ne montrer aucune colère, tandis que l’interlocuteur s’efforçait de ne montrer aucune peur. Il se saisit d’un papier à en-tête du célèbre hôtel et d’un stylo de marque, avant d’écrire frénétiquement. La conversation terminée, il ne chercha pas à étouffer un bâillement de satisfaction, avant de retomber dans un sommeil profond.

Maintenant, tout était en place.

Sunday, November 05, 2006

Find it (2)

Quatre heures plus tard, le hangar C, qui décidément avait une courte nuit, fut à nouveau en ébullition. Le transport officiel de la marque était présent pour chercher le modèle d’exposition. Dans l’équipe, personne n’avait su que deux voitures avaient été produites car les chaînes de montages sont indépendantes du service marketing qui prenait en main la Dream GT 001, et que, tout simplement, personne ne les avait prévenus.

Un attroupement considérable salua le passage de ce camion, et parmi les badauds à l’entrée, la présence de la chaîne de télévision locale n’était que le plus petit échelon médiatique à suivre le transport, gigantesque 38tonnes modifié, aux larges baies vitrées en verre fumé (effet de mode, et attroupement de tous les quidams qui croiraient voir quelque chose au travers garanti) et aux couleurs de la marque, le bleu et le jaune.

Le conducteur entama alors son lent voyage vers Paris, à une vitesse excessivement lente, pour que tous puissent admirer le transport, pour montrer que la marque prend un soin extrême de sa voiture fétiche, et pour que sur le trajet, personne ne puisse rater une miette du grand spectacle qu’offrait la Maskell Dream, bien que personne ne l’ait encore aperçue.

Au terme des deux jours de ce voyage médiatisé à l’extrême, au cours duquel le personnel de Maskell avait eu fort à faire pour contrer toutes les tentatives des journalistes de percer le secret, allant jusqu’à mobiliser à grand frais une équipe de la gendarmerie motorisée française, le transport arriva à Paris.
Après quelques heures de repos, quelques employés furent délégués au montage du stand, tandis que les autres étaient toujours mobilisés pour la garde de la voiture.

Un incident avait failli tout faire capoter aux aurores quand un journaliste audacieux avait réussi à s’introduire dans le périmètre avec un faux badge de la marque : Stoppé juste à temps, il fut quelque peu brusqué, mais un chèque précipitamment glissé dans sa poche, accompagné d’une rapide menace assurait provisoirement le silence de la presse.

Dans le grand hall d’exposition, le montage du stand et les préparatifs pour accueillir le public furent étroitement surveillés, entrecoupés de flashs pourtant inutiles… Bien que le stand fut relativement original, il n’était pas révolutionnaire : 2 grands cocotiers importés d’Afrique noire la semaine précédente et 1,5 tonnes de sable fin des plages du Finistère agrémentaient le stand, en plan légèrement incliné au milieu duquel trônerait la Dream GT. Deux écrans plasma géants aguicheraient le public tandis qu’il patienterait quelques heures avant de pouvoir entrer dans la sacro-sainte voiture, accompagné d’une hôtesse d’accueil aux formes judicieusement choisies par le service marketing, et par un gorille de la sécurité qui d’un regard dissuaderait quiconque de vouloir du mal à une voiture aussi sublime.

Le bleu et le jaune des bannières serait visible à plus de 100 mètres dans un hall d’exposition gigantesque, mais pour que personne ne puisse ignorer la petite merveille, une bande son relativement complète des vrombissement des moteurs serait diffusée.

Le samedi 2 octobre à 20 heures, alors que le salon ouvrait ses portes aux journalistes et aux VIP pour une soirée exclusive à profiter de toutes les nouveautés, tandis que quelques uns s’éloignaient pour profiter de quelques concept cars inédits, ou partaient photographier la citadine que tout un chacun conduirait dans deux ans, près de la moitié de l’assemblée partit d’un bon pas vers les bannières jaunes et bleues, bercés le long de leur voyage par l’extravagante sonorité des 12 cylindres de la Dream GT.

Les 120 chanceux passèrent en trombe à côté du stand Porche dont les responsables, médusés, virent la cohorte se diriger vers Maskell sans même un regard… Puis dans un brouhaha général, ils stoppèrent leur course.

La plage de sable fin flanquée de ses énormes cocotiers était vide