Find It (13)
Heureusement qu’elle le mettait un peu à l’aise par sa présence et par ses explications détaillées. Sa voix l’aidait dans le cauchemar qu’il avait d’assister à une autopsie. Contrairement à la large majorité de ses collègues, il n’avait jamais pu s’y faire, et si elle n’avait pas été présente, il aurait attendu ses conclusions dans son bureau à la criminelle.
Hugo Maskell avait été soigneusement déshabillé, ses vêtements déjà envoyés au labo, il laissait à la lumière crue de la salle d’autopsie la vue de ses innombrables coupures et contusions. Matthieu, voyant sa conquête passée entrer dans la pièce avec son empressement habituel, démarra l’enregistrement, puis déglutit, et se figea à sa place habituelle, un bon mètre à droite de la table marbrée : assez près pour suivre les explications remarquablement précises, et suffisamment éloigné pour ne subir aucune éclaboussure, les morts réservant souvent à leur attention des surprises dignes des plus horribles cauchemars.
« Les causes apparentes de la mort sont les deux plaies par balle, ces dernières ayant traversé de part en part le cœur du défunt. D’après les brûlures, on peut déduire que les deux tirs ont été quasi-simultanés. Chacune des balles ont traversé le corps, elles ont été récupérées et transmises à la section balistique. Cela dit, nous pouvons modérer ces conclusions préliminaires par l’autopsie du défunt Hugo Maskell. » Se sachant filmé (source de stress supplémentaire pour le capitaine Sandier), Matthieu ne souffla mot, mais prit soigneusement des notes sur son PDA, ce qui la plupart du temps était inutile puisqu’il retenait au mot près ce genre d’explications, mais enfin, personne n’est infaillible, n’est-ce pas ?
Un frisson lui parcourut l’échine alors que commençait l’autopsie. Il détestait ce bruit qu’il savait reconnaître parmi mille autres. Il lui semblait parfois l’entendre le soir en somnolant, tant il était persistant dans son esprit. Dans un bourdonnement aigu et une précision parfaite, la scie chirurgicale entamait son parcours à travers la cage thoracique de l’ex-PDG. Parcours immédiatement stoppé par la légiste, ce qui était inhabituel. Elle se pencha en avant, et lui fit signe de s’approcher à son tour. Retenant une irrépressible envie de sortir de la pièce à la seconde, Matthieu Sandier plongea son regard dans le buste d’Hugo Maskell.
Ce qu’il vit confirma ses craintes. Il avait beau ne pas aimer le domaine de la légiste, il avait suffisamment de connaissances du corps humain pour dire avec certitude que même sans les deux balles de 9mm qui lui avaient traversé le corps de part en part, Hugo Maskell était promis à une mort certaine. Plusieurs des côtes étaient cassées, recourbées directement vers les poumons du pauvre homme, d’autres simplement fêlées. Le regard souvent aguicheur de la légiste était triste cette fois. Elle releva la tête vers le capitaine, et dit à mi-voix, pour que la phrase ne soit pas relevée dans le film de l’autopsie : « Tu as vu ? Il acquiesça. Ca va prendre des heures, je te préviens. ». Sur quoi, malgré le soupir apparent de Matthieu Sandier, elle retira les côtes de la victime, comptabilisant les coups que ce dernier avait du subir.
Une heure passa, au cours de laquelle les découvertes furent nombreuses, bien que sans réelles surprises : excepté le pistolet, qui, bien qu’étant la cause officielle de la mort, n’avait sans doute pas été le plus grand souci d’Hugo Maskell, toutes les pièces à conviction étudiées par le labo trouvaient leur place dans la mort de l’ex-PDG. Des éclats de verre, retirés avec précaution, étaient plus que probablement les restes de l’ampoule de la lampe de bureau en cours d’analyses. Les coups avaient été si violents que même certains résidus de peinture étaient restés incrustés dans la peau de la victime. Il aurait d’ailleurs été plus facile de montrer à l’enregistrement les rares parties du corps épargnées par le tueur, plutôt que de dresser une liste des blessures. Les organes internes du corps humain sont parfois capables d’une résistance qui peut dépasser l’entendement et, certains médecins le confirmeraient, bon nombre de quidams sont en fait de véritables miraculés, leur corps repoussant toujours plus loin les limites de la survie. Hugo Maskell n’avait pas eu cette chance. Certes son corps avait du lutter contre les différents saignements internes. Mais au final, réfléchit le capitaine, il eut mieux valu qu’il meure d’une crise cardiaque avant que l’assassin entre dans le camion.
Pour être honnête, ce qu’il voyait ne l’intéressait plus (excepté peut-être sa collègue, trop absorbée dans son étude sanglante pour remarquer ses regards). Le cadavre ne lui révèlerait rien de plus que des détails sordides. Au final, il n’avait concrètement rien appris de plus les 12 dernières heures que la veille au soir, dans ce camion, en face d’Hugo Maskell, et il en était profondément affecté. Une partie de lui-même adorait être mêlée à ce genre de challenge, à cette course contre la montre doublée de la Chasse… L’autre avait espéré un indice quelconque, une erreur qu’il aurait pu remarquer avant qu’elle ait été analysée, disséquée par tous ces spécialistes, qui menaient son enquête plus efficacement sans lui.
Il soupira longuement, vérifia son PDA, dont l’écran s’était animé. Encore le commissaire, qui le harcèlerait sur les coûts, l’inutilité et le risque médiatique qu’il y avait à mettre Catherine Maskell sur écoute, etc…
Puis soudain, il se figea, fixant ce qu’il avait longtemps considéré comme un gadget électronique plus pratique qu’un autre, avant d’apprendre sa valeur au fil des semaines. Alors, Matthieu Sandier sourit. Voilà quelque chose que les scientifiques ne pouvaient pas découvrir : l’absence d’objet.
Nulle part il n’avait vu l’agenda d’Hugo Maskell.
Hugo Maskell avait été soigneusement déshabillé, ses vêtements déjà envoyés au labo, il laissait à la lumière crue de la salle d’autopsie la vue de ses innombrables coupures et contusions. Matthieu, voyant sa conquête passée entrer dans la pièce avec son empressement habituel, démarra l’enregistrement, puis déglutit, et se figea à sa place habituelle, un bon mètre à droite de la table marbrée : assez près pour suivre les explications remarquablement précises, et suffisamment éloigné pour ne subir aucune éclaboussure, les morts réservant souvent à leur attention des surprises dignes des plus horribles cauchemars.
« Les causes apparentes de la mort sont les deux plaies par balle, ces dernières ayant traversé de part en part le cœur du défunt. D’après les brûlures, on peut déduire que les deux tirs ont été quasi-simultanés. Chacune des balles ont traversé le corps, elles ont été récupérées et transmises à la section balistique. Cela dit, nous pouvons modérer ces conclusions préliminaires par l’autopsie du défunt Hugo Maskell. » Se sachant filmé (source de stress supplémentaire pour le capitaine Sandier), Matthieu ne souffla mot, mais prit soigneusement des notes sur son PDA, ce qui la plupart du temps était inutile puisqu’il retenait au mot près ce genre d’explications, mais enfin, personne n’est infaillible, n’est-ce pas ?
Un frisson lui parcourut l’échine alors que commençait l’autopsie. Il détestait ce bruit qu’il savait reconnaître parmi mille autres. Il lui semblait parfois l’entendre le soir en somnolant, tant il était persistant dans son esprit. Dans un bourdonnement aigu et une précision parfaite, la scie chirurgicale entamait son parcours à travers la cage thoracique de l’ex-PDG. Parcours immédiatement stoppé par la légiste, ce qui était inhabituel. Elle se pencha en avant, et lui fit signe de s’approcher à son tour. Retenant une irrépressible envie de sortir de la pièce à la seconde, Matthieu Sandier plongea son regard dans le buste d’Hugo Maskell.
Ce qu’il vit confirma ses craintes. Il avait beau ne pas aimer le domaine de la légiste, il avait suffisamment de connaissances du corps humain pour dire avec certitude que même sans les deux balles de 9mm qui lui avaient traversé le corps de part en part, Hugo Maskell était promis à une mort certaine. Plusieurs des côtes étaient cassées, recourbées directement vers les poumons du pauvre homme, d’autres simplement fêlées. Le regard souvent aguicheur de la légiste était triste cette fois. Elle releva la tête vers le capitaine, et dit à mi-voix, pour que la phrase ne soit pas relevée dans le film de l’autopsie : « Tu as vu ? Il acquiesça. Ca va prendre des heures, je te préviens. ». Sur quoi, malgré le soupir apparent de Matthieu Sandier, elle retira les côtes de la victime, comptabilisant les coups que ce dernier avait du subir.
Une heure passa, au cours de laquelle les découvertes furent nombreuses, bien que sans réelles surprises : excepté le pistolet, qui, bien qu’étant la cause officielle de la mort, n’avait sans doute pas été le plus grand souci d’Hugo Maskell, toutes les pièces à conviction étudiées par le labo trouvaient leur place dans la mort de l’ex-PDG. Des éclats de verre, retirés avec précaution, étaient plus que probablement les restes de l’ampoule de la lampe de bureau en cours d’analyses. Les coups avaient été si violents que même certains résidus de peinture étaient restés incrustés dans la peau de la victime. Il aurait d’ailleurs été plus facile de montrer à l’enregistrement les rares parties du corps épargnées par le tueur, plutôt que de dresser une liste des blessures. Les organes internes du corps humain sont parfois capables d’une résistance qui peut dépasser l’entendement et, certains médecins le confirmeraient, bon nombre de quidams sont en fait de véritables miraculés, leur corps repoussant toujours plus loin les limites de la survie. Hugo Maskell n’avait pas eu cette chance. Certes son corps avait du lutter contre les différents saignements internes. Mais au final, réfléchit le capitaine, il eut mieux valu qu’il meure d’une crise cardiaque avant que l’assassin entre dans le camion.
Pour être honnête, ce qu’il voyait ne l’intéressait plus (excepté peut-être sa collègue, trop absorbée dans son étude sanglante pour remarquer ses regards). Le cadavre ne lui révèlerait rien de plus que des détails sordides. Au final, il n’avait concrètement rien appris de plus les 12 dernières heures que la veille au soir, dans ce camion, en face d’Hugo Maskell, et il en était profondément affecté. Une partie de lui-même adorait être mêlée à ce genre de challenge, à cette course contre la montre doublée de la Chasse… L’autre avait espéré un indice quelconque, une erreur qu’il aurait pu remarquer avant qu’elle ait été analysée, disséquée par tous ces spécialistes, qui menaient son enquête plus efficacement sans lui.
Il soupira longuement, vérifia son PDA, dont l’écran s’était animé. Encore le commissaire, qui le harcèlerait sur les coûts, l’inutilité et le risque médiatique qu’il y avait à mettre Catherine Maskell sur écoute, etc…
Puis soudain, il se figea, fixant ce qu’il avait longtemps considéré comme un gadget électronique plus pratique qu’un autre, avant d’apprendre sa valeur au fil des semaines. Alors, Matthieu Sandier sourit. Voilà quelque chose que les scientifiques ne pouvaient pas découvrir : l’absence d’objet.
Nulle part il n’avait vu l’agenda d’Hugo Maskell.


6 Comments:
Excellente fin de post :)
franchement, dans le genre alléchant, c'est une merveille :)
ben t'as 4 jours de répis à mins que quelqu'un vienne te saouler à l'instar de moi ce soir pour que tu poste :p (je serais en bourgogne pour 4 jours)
encore une fois, très très beau :)
(et Vigdis est une grosse tarée !!... même si elle est fine...)
Do$
excellent en effet... javais commencé mon tit dej devant le post, ben je peux vous dire que je suis restée les 5 minutes de lecture figée avec mon bol dans une main et la cuillère dans l'autre! bref, j'ai accroché...
vigdis c'est vraiment une tarrée c'est vrai. le pauvre Hugo, il s'en est pris des belles...
sinon, ben mathieu avance toujours pas. pfff! enfin, apparement il a remarqué un petit indice, j'espère que ca va l'aider!
bon je vais quand même finir mon tit dej maintenant (même si l'idée d'avoir lu une dissection ca me donne pas très faim en fait)
bisous
je t'aime
Bon allez, j'vais faire ma chieuse... La fin du post est effectivement excellente... Mais est ce que tu étais obligé de faire avant une liste de choses dégueulasses et sordides qui finalement n'amènent rien à l'histoire sachant que le lecteur sait déjà ce qu'il s'est passé ? Je ne vois pas, à part le plaisir de lire des choses horribles... Je m'avoue un peu déçue mais tu as sans doute la réponse à cette grande interrogation.
bah c vrai que c beaucoup de détails sordides... ms y'a tjs un passage comme ca dans les romans policiers.
(défend mon auteur de chéri contre ma chieuse de meilleure amie... lol)
bisous
Ma foi... il est vrai que le lecteur sait que Hugo à été frappé à mort, j'en conviens, et il sait aussi que les blessures ont été... disons fortes.
Cela dit, c'est une découverte pour Matthieu, qui n'était pas dans le camion, qui n'avait pas imaginé qu'elle ait pu frapper à ce point là, et que Hugo ait pu endurer une chose pareille. De plus, pour les rares lecteurs qui n'auraient pas compris qu'elle est complètement sortie, d'elle meme, qu'elle a pété une durite devant Hugo ce soir la, ça le confirme: elle est plus que dangereuse quand on joue avec ses nerfs.
Dernière chose, et non des moindres, il fallait donner envie d'un indice autre que du sang du sang du sang.
mais tous les goûts sont dans la nature...
Do$
/* de retour de Bourgogne et qui découvre pas de nouveau post :o */
[quote=gorinaz]mais tous les goûts sont dans la nature...[/quote]
Yéééé ! tu fais le vexé !! :p
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