Blog de l'Etudiant Irrecuperrable

Parce que mes 52 heures de fac hebdomadaire ne me suffisent pas. Parce que les sciences rendent con. Parce que la vita est bella... Parce que je fais 1m74 et que le monde est grand, Pour moi, pour elle, pour vous aussi, il le fallait, ce blog.

Saturday, May 26, 2007

Find It (continue ailleurs)

Voilà! L'heure est arrivée de passer à quelque chose de plu neuf, de plus beau, de plus calme, et de plus confidentiel que blogger.
Je vous invite tous à changer comme je l'ai fait pour la nouveauté, c'est à dire le site que m'a concocté Arnaud: http://gorinazday.free.fr

Ca me manquera de poster ici... non... enfin si quand même un petit peu. Une page se tourne. Mais elle se tourne vers un chapitre encore meilleur, espérons le.
Les posts concernant Find It! sont en cours de transfert vers le nouveau site. Lorsqu'ils seront tous dessus, je continuerais à poster là bas. Et lorsque je commencerais à poster là bas, je supprimeras les Find It! ici.
Il est plus que probable que toute activité d'écriture soit à présent répertoriée sur le nouveau site.

Amen.
Gorinaz.

Find It (16)

***
L’objet avait immédiatement capté son regard. Ecartant quelques feuilles, Vigdis s’en empara d’un geste rapide, toujours aux aguets. En métal teinté sombre, cerclé d’aluminium chromé et tenant parfaitement dans sa main, ce qu’elle avait d’abord pris pour un simple téléphone faisait également fonction d’agenda électronique. Considérant l’endroit de la découverte, et le fait que l’appareil n’était qu’en veille, elle en déduit malgré la fatigue qu’il était tombé d’une des poches de son ancien garde du corps, tandis qu’elle traînait son cadavre.

Elle ne le reconnût pas pourtant. De par son métier dans la sécurité, Gil devait se tenir constamment informé, et Vigdis Semendsen l’avait plus d’une fois aperçu au téléphone avec ses responsables. Il utilisait un mobile classique de couleur bleue, le seul modèle, lui avait-il un jour déclaré, avec un clavier qui puisse convenir à ses gros doigts. Or celui qu’elle tenait dans ses mains était un modèle très onéreux, multifonctions et surtout, entièrement tactile.

Curieuse, elle l’enfouit dans sa propre poche, se concentra pour choisir des points d’appuis solides, et dans un effort qui lui sembla surhumain, elle se releva, et retourna jusqu’à son bolide en boitant. Avant de pouvoir repartir, avant même de pouvoir s’asseoir dans le cuir de luxe que tout son corps réclamait, elle devrait encore nettoyer la zone recouverte par le sang de son ancien compagnon. Tentant de ne pas penser à ses gestes, elle empoigna un mouchoir brodé qu’elle avait trempé, et frotta l’intérieur sanglant de sa Mercedes avec l’énergie du désespoir.

***
« -Vous disiez ?
-Je suis désolé monsieur, mais son téléphone n’est pas dans son bureau. Vous savez, il avait un excellent système de rangement, il était très ordonné, je pense qu’il devait l’avoir avec lui lorsque… La secrétaire d’Hugo Maskell avait de toute évidence passé assez de temps dans le bureau de ce dernier pour s’en rappeler l’émouvant souvenir. Un meurtre tel que celui-ci laissait des blessures profondes, et les victimes ne sont pas uniquement sur les avis de décès.
-C’est aussi mon avis, mademoiselle. Je suis désolé pour la perte de votre employeur. Soyez assurée que nous mettons tous nos moyens dans la recherche de son agresseur. A ce propos, pourriez vous me rendre un dernier service ?
-Bien sûr monsieur. De quoi avez-vous besoin ? Demanda-t-elle avec espoir.
-Puis-je obtenir le numéro de portable de votre patron ? »
Il nota rapidement le numéro sur son calepin, puis termina sa conversation avec la secrétaire dans une douceur remarquable. Mieux valait ne pas la brusquer, d’autant qu’il risquait d’appeler à nouveau, voire de se rendre sur place.

A peine le combiné fut-il raccroché que Matthieu Sandier composait un autre numéro, en interne. Il sentait déjà, sous son col de chemise, les frissons lui parcourir l’échine. La partie venait à peine de commencer, mais il était grand temps qu’il commence à avancer ses propres pions.
« Oui bonjour je souhaiterais localiser un téléphone portable. »

***
Vigdis Semendsen tourna la tête directement vers l’endroit auquel elle avait enterré le cadavre. Son compère avait ainsi dérobé l’agenda électronique d’Hugo Maskell ! Cela ne fit qu’apaiser le souvenir de sa violente matinée. Il avait tenté de la duper, de la doubler, qui sait, peut-être même de gagner sur tous les fronts, elle en prison et lui retrouvant la Dream GT…
Jamais il ne lui serait venu à l’idée que la veille au soir, une fois Hugo Maskell définitivement mort, son garde du corps avait du réagir pour la sauver, sans quoi elle serait restée sur place, le pistolet tendu vers l’ex-PDG jusqu’à l’arrivée de la police. Jamais elle n’aurait imaginé à cet instant qu’il avait rapidement empoché ce téléphone qui trônait sur le bureau improvisé dans le camion, avant de prendre Vigdis par le bras et de la pousser au dehors jusqu’à sa voiture.

Peu lui importait le passé. Elle réalisa qu’elle détenait dans sa main tremblante de meurtrière ce pourquoi elle avait promis à son amie de rendre visite à Hugo Maskell. La batterie était faible, et le téléphone allait bientôt s’éteindre. Elle navigua alors rapidement dans la mémoire de cet assistant électronique, vérifiant les différents dossiers, faisant courir frénétiquement ses doigts sur l’écran tactile. Puis elle faillit lâcher l’objet. Un simple fichier « Samedi 2 octobre ».
Elle avait tué pour cette information, deux fois, et voilà que par le moyen le plus impromptu, elle trouvait une raison valable de ne pas vouloir finir sa vie avant le coucher du soleil. A présent, elle possédait la Liste.

***
La patience me fait défaut dans des moments comme celui-ci, pensa Matthieu Sandier. Il dévalait les marches qui le conduisaient dans un sombre bureau du premier étage de la brigade. Il voulait voir de ses propres yeux les résultats de la recherche, localiser ce téléphone était devenu sa première priorité. Il y avait de bonnes chances que ce dernier soit éteint, évidemment, auquel cas il serait impossible d’obtenir des coordonnées, mais il fallait, arrivé à un certain stade, commencer à croire en sa chance.

Sa requête était toujours en cours de traitement, et en entrant dans la petite pièce exiguë, il entendit l’ordinateur peiner au point d’engendrer la pitié du capitaine.
Son collègue, qui gérait le service des immatriculations, empreintes et autres bases de données à l’échelle nationale et européenne, avait pour particularité d’être muet. Ils partageaient quelques fois leurs déjeuners, et se connaissaient assez bien l’un et l’autre, malgré leurs problèmes de communications : l’un ne pouvait pas parler, l’autre ne prononçait pas un mot. Et spécialement ce jour là, Matthieu Sandier se sentit démasqué au moment ou il franchissait la porte : Ce petit homme au teint blafard avait immédiatement compris que le capitaine était comme un enfant devant le sapin de Noël. La machine brisa le silence, et dans un tintement on ne peut plus logiciel, annonça le fruit de sa recherche.

Une page complète de renseignements était affichée, mais Matthieu Sandier sauta directement le premier paragraphe pour lire ce qui l’intéressait. Sortant son assistant électronique, il nota frénétiquement ce qu’il était venu chercher, remercia son collègue d’un grand sourire, puis remonta dans son bureau aussi vite que ses jambes le lui permettaient. Puis il se décida pour un coup de poker, et saisit encore une fois son téléphone.

« Allo, Mademoiselle Maskell ? Le capitaine Sandier à l’appareil. Dites moi, j’aimerais savoir ce que l’assassin de votre frère fabrique en Belgique. »

Wednesday, May 23, 2007

Find It (15)

Forêt communale de Krieff, Belgique.

L’endroit semblait désert. Les arbres alentours flamboyaient de leurs couleurs d’automne, et tandis que se levait une faible brise chargée d’humidité, quelques feuilles mortes virevoltaient dans leur gracieux vol pour recouvrir le sol en un bruissement léger. Chaque frôlement, chaque craquement lointain de la vie sylvestre qui l’entourait faisait sursauter Vigdis Semendsen. Elle avait outrepassé de loin la vitesse autorisée pour rouler sur l’autoroute après avoir abattu son garde du corps, et sans pouvoir arrêter les tremblements qui agitaient sa main droite depuis lors, elle avait pris la première sortie. A l’aide de son GPS qu’elle n’avait jamais réellement utilisé, elle avait repéré cette forêt, et avait emprunté le premier chemin forestier à toute vitesse avec sa luxueuse Mercedes. Il lui fallait faire vite : Il était encore très tôt, mais un jogger matinal pouvait toujours la découvrir avant que toute cette affaire ne soit derrière elle. Que ferait-elle si elle était démasquée à nouveau ? Elle ne voulait même pas y penser. Elle avait dépassé à présent le stade de la dépression nerveuse et physique, n’agissant plus après réflexion mais par pur instinct de survie. Sa survie.

Elle ne prit pas la peine d’enterrer le corps de son ancien partenaire, et se contenta de le traîner péniblement sur une vingtaine de mètres, avant de l’enfouir sous l’épaisse couche de feuilles mortes en décomposition. Elle l’avait tué, elle le savait, mais elle n’osait pas pour autant le regarder. Elle ne voulait rien voir par ailleurs, et aurait souhaité tout oublier pour quelques minutes. Une fois le corps grossièrement dissimulé, Vigdis recula, toujours horrifiée par ce qu’elle faisait, tremblante, la larme à l’œil.

Malgré l’épuisement, elle continua d’œuvrer à sa tâche, replaçant à l’identique les poignées de feuilles formant un sillon créé par son passage avec le cadavre. Ses réflexes quasi-inexistants après une nuit blanche et un stress aussi important, elle ne sentit pas que son pied était posé sur une branche morte, glissante de terre et d’humidité. Sursautant une fois encore au son d’un bruissement lointain, Vigdis Semendsen perdit l’équilibre.
Plus que la douleur qui s’était emparée de sa jambe, elle avait parfaitement entendu le craquement net provenant de sa cheville. Retenant un hurlement de douleur, elle éclata en sanglots allongée sur ce tapis doré. Elle pleura de longues minutes, sans retenue, alors que la fraîcheur matinale laissait place à un soleil timide. Elle aurait tout donné pour pouvoir quitter cet endroit, pour ne jamais avoir rencontré son amie d’enfance la veille, pour se réveiller de ce cauchemar…

Puis, ayant quelque peu retrouvé ses esprits, elle examina rapidement son pied. Pour avoir pratiqué bon nombre de sports extrêmes, elle avait déjà eu la cheville cassée, et elle poussa un soupir saccadé tout en voyant la peau se gonfler au dessus de la blessure. Ce serait douloureux bien sur, mais elle pourrait marcher sans problème. Cherchant du regard un appui sur lequel reposer sa jambe jusqu’à la voiture, elle remua quelques feuilles de sa main toujours tremblante, et fit une découverte inattendue.

***

« -Oui bonjour, je suis le capitaine Sand…
-Je sais qui vous êtes, monsieur. Un commissaire nous a appelé il y a de cela près d’une heure pour nous prévenir de ne rien toucher dans le bureau de Monsieur Maskell. Il ne nous a rien indiqué d’autre, mais il nous a prévenu que vous nous appèleriez pour nous poser quelques questions. Matthieu Sandier soupira, tournant la tête vers la porte de son bureau donnant sur le couloir. Pourquoi fallait-il que la hiérarchie (et pourtant, il en était sur, son supérieur avait voulu bien faire) annihile inévitablement toute spontanéité ? Comme si cela n’importait pas…
-A vrai dire, je voudrais simplement vous demander, comme vous êtes… Etiez (il haïssait ces petites ambiguïtés morbides)… La secrétaire personnelle d’Hugo Maskell, si vous avez son agenda en votre possession.
-Son agenda ? " Elle prit un temps avant de répondre.

" -C’est une étrange question, voyez vous, car il ne possède… (Il l’entendit déglutir à son tour)… possédait aucun agenda digne de ce nom. Il utilisait un assistant électronique, qui lui faisait par ailleurs office de téléphone… Pourquoi ?
-Eh bien j’avais déjà un mauvais pressentiment lorsque je vous ai appelé, et il semble se confirmer à présent… Je sais que le commissaire vous a ordonné de sceller le bureau de votre patron, mais pourriez vous y entrer et vérifier que son téléphone n’y est pas resté ?
-Bien sûr ! Restez en ligne. »

***

Monday, May 21, 2007

Find It (14)

St Denis, France

Il l’avait eu sous ses yeux toute la journée, sans jamais la regarder vraiment. Lucas Barnes avait pourtant bénéficié de quelques courtes heures de sommeil décalées, alors qu’il s’était endormi sur le tapis de son salon, là frôlant presque, alors que les brouillons et les pages d’agendas étaient étalés dans toute la pièce. A son réveil, une tasse de thé bouillant avait failli glisser entre les doigts du journalise pour se répandre sur elle, mais au dernier moment, un bon réflexe l’avait sauvée. Après quoi elle avait été glissée à la va-vite dans la pochette du jeune homme, toujours en train de s’habiller et déjà sur le départ.

Sur le bureau de chêne de Jean Auriard, le rédacteur en chef de « Passionnément Auto », elle avait été balayée d’un revers de la main comme ses sœurs, avait pris un mauvais pli lorsqu’elle avait heurté le sol, mais dans l’absolu, avait été épargnée lorsque ledit rédacteur avait commencé à frapper son sous main de ses poings serrés, rabrouant le jeune journaliste, qui avait laissé s’échapper la plus grosse affaire de cette fin d’année, qui pour toutes les autres catégories, s’avérait plus que morne pour le paysage automobile. Elle avait traîné au sol tandis que le vieil homme expliquait avec de crus mots à son cadet que la Chasse Maskell représentait la raison même de vivre d’un hebdomadaire tel que « Passionnément auto », que le public attendait tellement plus que des clichés ratés, affreux, sans intérêt et que chacun avait pu voir au journal du soir, il y avait 5 jours de cela.

Penaud, Lucas Barnes n’avait pas livré bataille comme il avait pourtant prévu de le faire, debout quasiment à côté d’elle, quelques heures auparavant. Il avait laissé passer la tempête et l’avait remise dans sa pochette, tremblant, augmentant encore la pliure qui la traversait de part en part. Congédié, le jeune journaliste devait continuer d’étudier ses notes, et devait pouvoir présenter des faits devant le rédacteur en chef avant le lendemain soir, bouclage du journal. Rentré chez lui sur le coup de midi, il la laissa dans la pochette sur la table de la cuisine alors qu’il réchauffait un plat de pâtes la mort dans l’âme. Frôlant une fois encore une catastrophe avec la sauce bolognaise, posée en équilibre sur un dessous de plat à côté d’elle, Lucas avait ruminé son entretien avec son supérieur durant toute la durée du repas. C’est uniquement à l’heure de la sieste, tandis qu’il ouvrait sa pochette afin d’étaler une fois encore les éléments qu’il possédait sous ses yeux, qu’il la regarda vraiment.

Soupirant tout en tentant de remettre à plat le pli qui la rendait bancale, il avait jeté un coup d’œil à ce cliché, qui révélait à lui seul la morosité de la tâche aux portes des usines Maskell : Cette photo du camion réfrigérée, alors qu’épuisé il avait machinalement appuyé sur le sensible déclencheur… Il l’avait observée distraitement au cours de sa longue veillée, bien sûr, mais plus par ironie qu’avec un réel intérêt. Après tout, il ne s’agissait que d’un banal poids lourd, qui devait mesurer quelque chose comme une douzaine de mètres de long. Mais là, juste à côté de cette vilaine pliure, un détail semblait comme clignoter à son attention. Retroussant ses manches, il déballa une fois encore toutes les autres photos, puis les pages de son carnet de notes, et reprit sa réflexion.

Elle ne fut pas longue, car Lucas Barnes décida de passer quelques appels. Il avait entre les mains la possibilité de démarrer sur une piste facilement, et de ne pas éveiller l’attention. Ca en vaut la peine, pensa-t-il. Puis il décrocha son téléphone, baissa le regard et composa le numéro peint sur le flanc du camion.

« -Deffrage Transports et Livraisons bonjour. La voix qui répondait au jeune journaliste était sèche, lasse.
-Bonjour, je vous appelle pour un renseignement…
-Autant vous le dire tout de suite, le coupa-t-elle, nous n’avons rien à voir avec la Chasse Maskell, et puisque vous alliez sans doute poser la question, oui nous les approvisionnons, et non nous ne transportons pas de voitures. Cette courte explication suffit alors aux yeux de Lucas pour justifier la voix rauque de la réceptionniste de la société : Comme chaque personne et chaque entreprise à avoir été en contact avec Maskell, Deffrage Transports avait sans doute été pris d’assaut. Au moins, il savait ce qu’il ne fallait pas dire…
-Ah pardon de vous déranger mais vous vous méprenez. De fait, je suis président de la coopérative des commerçants de… (Reprenant son souffle, il se pencha rapidement sur la carte de la région étalée sous ses yeux, cherchant un village isolé)… Védules ! Je dois vous dire que nous envisageons de louer les services de votre société pour un prochain marché local. A entendre le soupir de soulagement de son interlocutrice, Lucas savait qu’il avait remporté la partie.
-Et quels sont les services que nous pouvons vous offrir ?
-Eh bien nous aurions grandement besoin d’un camion réfrigéré, mais je dois vous poser une question que nous considérons comme importante : Possédons-nous le droit d’apposer des scellés sur le poids lourd en question ?
Un blanc de quelques secondes s’ensuivit, au cours duquel le jeune homme se crût démasqué.
-C'est-à-dire qu’en général nos clients ont une confiance suffisante dans nos services… Mais si vous désirez absolument le faire, vous en avez le droit… »

Lucas Barnes avait raccroché. A présent, il se sentait en pleine forme, et il allait avoir besoin de toute son attention dans les 36 heures à venir. Puisqu’il lui fallait un scoop à rapporter à son rédacteur en chef avant le lendemain soir, il allait devoir rouler tout ce qu’il restait de la journée. Et sans doute une bonne partie de la suivante. Il passa un dernier appel, puis brassa rapidement les documents, qu’il rangea dans sa pochette, et quitta son appartement sans un mot, une seule image en tête.

Dix nuits durant il avait pu voir à deux heures piles du matin un camion réfrigéré entrer dans le site, et en ressortir une dizaine de minutes plus tard. Il avait pourtant fallu qu’il déclenche son flash l’unique nuit pour laquelle le poids lourd avait été scellé avant de quitter l’usine Maskell.

Wednesday, May 16, 2007

Find It (13)

Heureusement qu’elle le mettait un peu à l’aise par sa présence et par ses explications détaillées. Sa voix l’aidait dans le cauchemar qu’il avait d’assister à une autopsie. Contrairement à la large majorité de ses collègues, il n’avait jamais pu s’y faire, et si elle n’avait pas été présente, il aurait attendu ses conclusions dans son bureau à la criminelle.

Hugo Maskell avait été soigneusement déshabillé, ses vêtements déjà envoyés au labo, il laissait à la lumière crue de la salle d’autopsie la vue de ses innombrables coupures et contusions. Matthieu, voyant sa conquête passée entrer dans la pièce avec son empressement habituel, démarra l’enregistrement, puis déglutit, et se figea à sa place habituelle, un bon mètre à droite de la table marbrée : assez près pour suivre les explications remarquablement précises, et suffisamment éloigné pour ne subir aucune éclaboussure, les morts réservant souvent à leur attention des surprises dignes des plus horribles cauchemars.

« Les causes apparentes de la mort sont les deux plaies par balle, ces dernières ayant traversé de part en part le cœur du défunt. D’après les brûlures, on peut déduire que les deux tirs ont été quasi-simultanés. Chacune des balles ont traversé le corps, elles ont été récupérées et transmises à la section balistique. Cela dit, nous pouvons modérer ces conclusions préliminaires par l’autopsie du défunt Hugo Maskell. » Se sachant filmé (source de stress supplémentaire pour le capitaine Sandier), Matthieu ne souffla mot, mais prit soigneusement des notes sur son PDA, ce qui la plupart du temps était inutile puisqu’il retenait au mot près ce genre d’explications, mais enfin, personne n’est infaillible, n’est-ce pas ?

Un frisson lui parcourut l’échine alors que commençait l’autopsie. Il détestait ce bruit qu’il savait reconnaître parmi mille autres. Il lui semblait parfois l’entendre le soir en somnolant, tant il était persistant dans son esprit. Dans un bourdonnement aigu et une précision parfaite, la scie chirurgicale entamait son parcours à travers la cage thoracique de l’ex-PDG. Parcours immédiatement stoppé par la légiste, ce qui était inhabituel. Elle se pencha en avant, et lui fit signe de s’approcher à son tour. Retenant une irrépressible envie de sortir de la pièce à la seconde, Matthieu Sandier plongea son regard dans le buste d’Hugo Maskell.

Ce qu’il vit confirma ses craintes. Il avait beau ne pas aimer le domaine de la légiste, il avait suffisamment de connaissances du corps humain pour dire avec certitude que même sans les deux balles de 9mm qui lui avaient traversé le corps de part en part, Hugo Maskell était promis à une mort certaine. Plusieurs des côtes étaient cassées, recourbées directement vers les poumons du pauvre homme, d’autres simplement fêlées. Le regard souvent aguicheur de la légiste était triste cette fois. Elle releva la tête vers le capitaine, et dit à mi-voix, pour que la phrase ne soit pas relevée dans le film de l’autopsie : « Tu as vu ? Il acquiesça. Ca va prendre des heures, je te préviens. ». Sur quoi, malgré le soupir apparent de Matthieu Sandier, elle retira les côtes de la victime, comptabilisant les coups que ce dernier avait du subir.

Une heure passa, au cours de laquelle les découvertes furent nombreuses, bien que sans réelles surprises : excepté le pistolet, qui, bien qu’étant la cause officielle de la mort, n’avait sans doute pas été le plus grand souci d’Hugo Maskell, toutes les pièces à conviction étudiées par le labo trouvaient leur place dans la mort de l’ex-PDG. Des éclats de verre, retirés avec précaution, étaient plus que probablement les restes de l’ampoule de la lampe de bureau en cours d’analyses. Les coups avaient été si violents que même certains résidus de peinture étaient restés incrustés dans la peau de la victime. Il aurait d’ailleurs été plus facile de montrer à l’enregistrement les rares parties du corps épargnées par le tueur, plutôt que de dresser une liste des blessures. Les organes internes du corps humain sont parfois capables d’une résistance qui peut dépasser l’entendement et, certains médecins le confirmeraient, bon nombre de quidams sont en fait de véritables miraculés, leur corps repoussant toujours plus loin les limites de la survie. Hugo Maskell n’avait pas eu cette chance. Certes son corps avait du lutter contre les différents saignements internes. Mais au final, réfléchit le capitaine, il eut mieux valu qu’il meure d’une crise cardiaque avant que l’assassin entre dans le camion.

Pour être honnête, ce qu’il voyait ne l’intéressait plus (excepté peut-être sa collègue, trop absorbée dans son étude sanglante pour remarquer ses regards). Le cadavre ne lui révèlerait rien de plus que des détails sordides. Au final, il n’avait concrètement rien appris de plus les 12 dernières heures que la veille au soir, dans ce camion, en face d’Hugo Maskell, et il en était profondément affecté. Une partie de lui-même adorait être mêlée à ce genre de challenge, à cette course contre la montre doublée de la Chasse… L’autre avait espéré un indice quelconque, une erreur qu’il aurait pu remarquer avant qu’elle ait été analysée, disséquée par tous ces spécialistes, qui menaient son enquête plus efficacement sans lui.

Il soupira longuement, vérifia son PDA, dont l’écran s’était animé. Encore le commissaire, qui le harcèlerait sur les coûts, l’inutilité et le risque médiatique qu’il y avait à mettre Catherine Maskell sur écoute, etc…
Puis soudain, il se figea, fixant ce qu’il avait longtemps considéré comme un gadget électronique plus pratique qu’un autre, avant d’apprendre sa valeur au fil des semaines. Alors, Matthieu Sandier sourit. Voilà quelque chose que les scientifiques ne pouvaient pas découvrir : l’absence d’objet.

Nulle part il n’avait vu l’agenda d’Hugo Maskell.

Sunday, May 13, 2007

Find It (12)

New Delhi, Inde.

Domingo Carmello restait rêveur alors qu’une brise légère se levait dans l’écrasante chaleur humide de la capitale indienne. Il laissait son regard vaquer sur les feuilles et dossiers éparpillés sur son bureau d’extérieur, installé en terrasse, afin qu’il puisse profiter de la vue de ses luxuriants jardins. Il avait déjà passé quelques heures le nez plongé dans des centaines de listes comptables, issues des principaux ports de frais européens. A vrai dire, la tâche était fastidieuse, et il ne savait pas précisément ce qu’il cherchait. Un conteneur, certes, de poids faible, en livraison unique… Avec ces détails, il pouvait remplir chacune des pièces du palais avec uniquement les relevés d’une journée des ports européens.

Non, il ne s’attendait pas à faire une découverte révélatrice, ni à voir au milieu d’un registre, apparaître les mots « Maskell » ou « voiture de luxe ». Il les parcourait rapidement à la recherche d’une anomalie quelconque, un trop grand manque d’informations, par exemple, ou bien une somme versée d’avance pour la livraison qui puisse dépasser 5 à 6 fois les tarifs, afin que le conteneur en question soit positionné à la place la plus sûre du navire, et que son état soit vérifié 2 à 3 fois par jour. Cependant, même s’agissant d’anomalies, que son œil expert pouvait reconnaître en quelques secondes, il pouvait passer sa vie entière à tenter de retrouver une trace quelconque de la voiture. En admettant seulement qu’elle ait pris le bateau !

Sa vie entière… Quelques semaines, au plus. La visite du médecin, le matin même, avait été éloquente. Domingo Carmello toussait, crachait, mais cela ce n’était rien de plus que de coutume. Non, ce qui l’avait réellement terrifié, c’était le sommeil. Toute sa vie il avait sacrifié ses nuits à son travail, à son profit, à la bonne marche de son business, puis, la retraite se profilant, à une profusion de fêtes, aux femmes, etc. Mais ces derniers jours, dès la nuit tombée, il sentait ses jambes accuser le poids des jours, tremblait parfois. La maladie l’avait fait prisonnier depuis bien des années, mais voilà qu’elle avait ramené la vieillesse avec elle ! Et bien entendu, il fallait que sa fin de profile sur cette toile de fond, sur cet événement qui avait bouleversé son petit monde, qui l’occupait et le passionnait : la chasse Maskell.

Au Diable les médecins, pensa-t-il encore. Au prix auquel il le payait, le sien aurait pu mentir, le droguer contre les douleurs qu’il sentait plus que de coutume lui bloquer la respiration, envahissant tout son torse. Mais non, il avait fallu que le sien soit un homme intègre. Il n’était pas son patient le plus facile pourtant : incapable de rester immobile quelques minutes à peine, il riait à gorge déployée lorsque son médecin lui prescrivait de rester alité, et de suivre un régime. Un régime ! Pourquoi pas une chimiothérapie tant qu’on y était !

J’ai été un homme solide toute ma vie, et je partirais comme une branche morte se détache d’un arbre, avait-il depuis longtemps annoncé, dans un craquement rapide, il tomberait et partirait. Se sachant condamné, il n’y avait pourtant jamais autant pensé qu’à présent.
Il ne songeait qu’à Esteban. Son fils était parti en Europe, et il ne doutait pas un instant que ce dernier y trouverait, sinon la Maskell Dream GT, au moins un sens à sa vie. Une raison de se battre, et de se battre sans lui.

Car il ne comptait pas dire à son fils qu’il vivait ses derniers jours.

Morgue de Paris, France

Malgré une douche salvatrice, Matthieu Sandier avait l’air décrépit de tout policier après une nuit de veille entièrement dévouée au travail. Accompagné du Lieutenant Kermadec, ils avaient suivi Catherine Maskell jusqu’à son somptueux loft en banlieue parisienne, puis avaient veillé, dans l’inconfort de leur Peugeot banalisée. La planque ne leur avait rien apporté de concret, mais avait confirmé les soupçons du capitaine concernant la sœur de la victime : à l’instar des policiers, elle n’avait pas fermé l’œil de la nuit, des lumières s’allumant encore dans le duplex alors que les paupières des deux policiers devenaient lourdes, et que le ciel s’éclaircissait.
La sonnerie affreusement électronique du portable de Matthieu Sandier les avait fait sursauter, sur le coup de 8 heures, et avait entamé un ballet qui ne s’était arrêté qu’à leur retour au 36, quai des orfèvres. Heureusement, il avait bénéficié d’une nuit pour se préparer à l’affront cumulé de ses supérieurs, qui ne semblaient guère convaincus par ses explications. Il plaida tout de même sa cause, et obtint un délai pour présenter des éléments plus concrets…
Rassuré de pouvoir mener un minimum son enquête comme il le souhaitait, il avait passé une heure à grommeler dans un canapé de la criminelle, avait encore savouré une douche et empli ses artères de caféine, avant de partir pour la morgue.

Il s’était rapidement recoiffé dans la voiture, et s’était convaincu lui-même qu’il n’avait pas l’air épuisé. Sentiment qui n’avait pas fait illusion à moins de 3 mètres du médecin légiste. Elle s’était arrêtée, l’avait dévisagé de la tête aux pieds, et avait conclu « Le cadavre là bas sur ma table en marbre à l’air plus frais que toi ». Il avait soupiré, l’avait embrassé dans le regret de ces années ou un baiser plus langoureux de sa part avait été une routine, et était allé s’habiller pour l’autopsie. Eh oui, dans un passé qui paraissait se compter en siècles, il avait été en couple avec elle. Dommage que ça n’ait pas duré, mais trop absorbés dans leurs métiers, trop passionnés, ils n’avaient pu trouver de terrains d’entente suffisants pour monter une relation durable. Ils avaient rompu sans être bouleversés, se revoyaient au gré des cadavres, et de temps à autre autour d’un verre, les rares fois ou leurs agendas affichaient un blanc commun.

Thursday, May 10, 2007

Find It (11)

Simple commentaire, je sais que je poste très très vite en ce moment, et que la pièce d'écriture que vous avez sous les yeux est vraiment... ben conséquente (3 pages et demi Word). Je voulais le publier en une fois, parce que le début est trop court pour constituer un post à part entière, et que la suite ne peut être coupée. je tiens aussi à préciser que même si vous avez tout à fait le droit de ne pas aimer, et de commenter pour le dire, c'est la partie qui m'a le plus fait plaisir à écrire. Enjoy, donc.

« -Ma foi, pour moi vous allez un peu vite en besogne, mais ce n’est qu’un avis. Répondit ce dernier, avec toute la prudence qu’exigeait une telle révélation vis-à-vis de son supérieur, même si ce dernier avait l’air détendu.
-Ah mais vous n’avez pas tord Lieutenant. A ceci près que si on n’agit pas le plus vite possible, l’affaire va nous passer sous le nez, vous comprenez ? Comme le meurtre, on ne l’a pas prouvé mais c’est plus que probable, est lié à la Chasse Maskell, il faut les prendre de vitesse. Et c’est pour ça que ni vous ni moi ne dormons… Ce soir en tout cas, se reprit le capitaine Sandier. Puis il s’étira, bailla à s’en décrocher la mâchoire, et reprit sa contemplation de la circulation.
-Je n’ai toujours pas très bien compris, au final. Le labo n’a encore donné aucun résultat, il va bientôt faire jour, et l’autopsie n’a pas eu lieu. En tout et pour tout, vous êtes allé visiter la chambre de la victime, et n’y avez découvert aucune preuve. Pourtant, plutôt que de savourer quelques heures à fermer les yeux sur un canapé à la brigade, ou même chez vous, vous décidez de sacrifier le peu qu’il nous reste en attention pour suivre Catherine Maskell. » Il fit une pause, puis ajouta, avec assez d’audace pour se surprendre lui-même. « Alors que tout indique que même les femmes fatales ont besoin de repos. ».

-Vous enfoncez les portes ouvertes, Lieutenant Kermadec, mais ne vous inquiétez pas, se reprit il, vous n’êtes que le premier à poser les questions. Dès que les administrations seront éveillées, lorsque notre petite intimité sera dérangée par les innombrables sonneries de mon portable, vous comprendrez pourquoi j’ai préféré commencer cette nuit. Et s’il vous faut une réponse maintenant, dites vous que la nuit, personne ne me demande pourquoi je mets son portable sur écoute, ni pourquoi on fait de même chez elle, ni même pourquoi je vous tiens éveillé à suivre votre femme fatale de la soirée. En journée, j’aurais du tenir plus d’un débat pour obtenir tout ça, et là, voyez ? Le calme. Juste quelques heures de calme. Abaissant alors le dossier de son siège, il fit une dernière remarque. « Mais ne vous inquiétez pas, si vous aimez l’agitation, vous êtes dans la bonne voiture ».

Matthieu Sandier lui-même doutait quelque peu de sa démarche, mais il avait appris après toutes ces années à ne jamais hésiter. Lorsqu’il avait vu l’attitude de Catherine Maskell passer d’une tristesse sublime et ravageuse, d’une beauté profonde en proie à une peine cruelle, à cette femme résignée, soudainement attentive à ses requêtes, il n’avait pas cru une seconde que son haussement de ton en fut la cause. Un instant, à peine une inspiration, il avait vu son masque se craqueler imperceptiblement. Une intuition, juste un sentiment d’inquiétude. Et le fait de n’avoir aucune autre piste à poursuivre toute la nuit. Voilà au final pourquoi ils traversaient Paris, à la poursuite de la mystérieuse sœur d’Hugo Maskell.
La nuit avait été tout aussi agitée pour la propriétaire de la Bentley bleue.

Banlieue d’Anvers, Belgique.

Une Mercedes SLK venait de se ranger sur une aire d’autoroute quasiment déserte, excepté quelques routiers qui finissaient de profiter de quelques heures de repos, alors que le soleil se levait. Une fois la luxueuse voiture arrêtée pourtant, personne n’en descendit. A l’intérieur se tenait une discussion animée entre le chauffeur, en l’occurrence une frêle mais magnifique jeune femme aux cheveux bruns, et le passager du coupé, un homme dont la carrure énorme semblait déplacée dans une voiture aussi féline.

« -Madame, je sais ce que vous pensez, mais vous devriez vous rendre à la police. Avec vos relations…
-Taisez vous. Je vous l’ai déjà dit avant de passer la frontière, je ne me rendrais pas. Nous prendrons l’avion à l’heure prévue, et vous viendrez avec moi. Je ne veux plus en entendre parler.
-Non. Répondit-il, catégorique. Non je ne peux pas, je ne veux pas être complice, vous comprenez ? J’ai toujours fait mon travail honnêtement. Je sais, ce n’est pas ce que vous vouliez, mais maintenant ce qui est fait est fait, et je ne peux pas continuer. »
Le visage de l’homme était en sueur, et on pouvait lire une détresse profonde dans ses yeux. Il remonta d’un geste compulsif sa main à sa bouche et mordit nerveusement son index, comme pour se réveiller, pour sortir du cauchemar qui lui tenait lieu de réalité depuis une demi douzaine d’heures…
« Je ne peux pas être complice d’un meurtre. » Lâcha-t-il enfin.

Vigdis Semendsen ferma les yeux. Evidemment. Qui aurait souhaité cela ? Elle enfouit son visage dans ses mains, et soupira longuement. Cette nuit était sans doute la pire qu’elle ait pu passer de toute son existence. Dire que la veille, elle n’avait, comme tout un chacun, jamais entendu parler de la Chasse Maskell ! Elle avait été présente au mondial de l’Automobile, parmi le public, elle avait vu Hugo exulter devant la foule ébahie. Elle avait patienté, elle s’était même laissée aller à s’asseoir dans l’exquise et veloutée Dream GT d’exposition. Et puis, l’heure du déjeuner venue, elle s’était laissée inviter par une amie de longue date, Catherine Maskell.

Toutes deux avaient le même age, et s’étaient connues à l’occasion d’un bal de charité organisé par Charles Maskell, le créateur de la marque. A l’age de huit ans, dans leurs robes qu’elles n’avaient pas le droit de salir, elles avaient immédiatement sympathisé, et au grand dam de leurs deux familles, organisé une partie de cache-cache au cours de la réception. La colère qu’elles durent braver par la suite ne fit que les rapprocher. Bien sûr, en grandissant, elles s’étaient éloignées l’une de l’autre : Catherine était devenue l’un des nouveaux piliers de l’entreprise familiale, tandis que Vigdis avait investi la fortune léguée par son père dans la Fondation Islandaise pour l’Ecologie, qu’elle dirigeait, et qui rassemblait sous son giron près de 80% des entreprises de la petite nation. Elles se revoyaient tout de même, à l’occasion des fêtes, des voyages ou de simples rencontres qu’aimait organiser Catherine.

La revoir le jour de l’annonce de la Chasse n’avait pas été une surprise, donc. Mais cette fois l’amie de Vigdis, bien qu’elle ait tenté de le cacher, avait les traits tirés, semblait presque abattue. Cela avait profondément choqué Vigdis : Catherine dirigeant un service publicitaire, elle aurait du à une pareille occasion arborer un sourire des plus chaleureux. Elles avaient beaucoup parlé alors, et Vigdis avait fait la promesse de l’aider.

Le silence régnait à présent dans la Mercedes, alors qu’au dehors la flotte des camions commençait son ballet journalier. Vigdis n’osait pas regarder à sa droite, de peur de rencontrer le regard de Gil.
Au départ, elle avait pourtant scrupuleusement respecté sa parole et les conseils de Catherine ! Sur le coup de 20 heures, à une heure où chacun des employés de Maskell était encore en charge du stand de la marque au Salon, elle savait que Hugo se servait du gigantesque camion officiel, tout équipé, comme d’un bureau de campagne. Catherine lui avait même offert son propre badge permettant l’ouverture de la porte latérale du transport. Masquée comme Gil, l’employé de la société de sécurité toujours à ses cotés, qu’il s’agisse d’un bain de foule, d’une rencontre avec des actionnaires mécontents, d’une soirée dans un casino, ou de virées telles que celle-ci, elle avait franchi la porte, un SigSauer 9mm dans la main droite.

Penché sur son bureau de fortune, Hugo Maskell avait sursauté en voyant l’étrange couple masqué entrer dans son camion. Pourtant il n’avait pas perdu son calme, et avait immédiatement levé les mains au dessus de sa tête. Sous la menace du pistolet de Vigdis, il s’était laissé faire, alors que Gil l’attachait fermement à sa chaise. Gil faisait partie de cette classe de personnages avec qui les mots sont inutiles. Il faisait ce qui était prévu, et méritait une confiance aveugle pour accomplir ses tâches. D’autant qu’avec son mètre quatre-vingt quinze pour cent trente kilos, il compromettait d’un simple coup d’œil tout acte d’héroïsme aux individus sains d’esprit.

Et une fois encore, dans un mouvement léger et discret malgré sa carrure, après avoir immobilisé le PDG de Maskell, il s’était reculé dans l’ombre. Avec sa cagoule et le jeu de lumières à l’intérieur du camion, il avait ressemblé à un bourreau des temps anciens, tout prêt à vous trancher la tête, avec le tranchant d’une main s’il le fallait. Vigdis avait trouvé le petit numéro de barbouze de Gil plus que convainquant, et l’avait jugé suffisant pour que, même s’il continuait à afficher un visage impassible, Hugo Maskell soit intimidé. Voire vraiment effrayé. A travers sa propre cagoule elle avait alors fixé ses yeux dans ceux de l’ancien pilote, s’efforçant de contenir son émotion. Elle le saisit alors par le menton, et lui dit, en détachant chaque syllabe, qu’elle voulait savoir où était la Dream GT.

Dire qu’elle avait compté sur la mise en scène pour qu’Hugo lui avoue sinon l’emplacement exact, au moins l’existence de la liste ! Au lieu de cela, il redressa la tête, et lui rendit un regard acéré.
« Je connais cette voix. » Avait il ajouté, avant de lui sourire.
Elle avait vacillé alors un court instant, sans le vouloir, dans une détresse totale. La soirée, la journée, sans doute même sa vie avait basculé à cet instant. Vigdis Semendsen, la courageuse, l’aventurière, Vigdis avait peur. Heureusement, elle reprit très vite sa contenance, et d’un mouvement aussi sec qu’imprévu, gifla Hugo Maskell.

Il avait eu mal, c’était évident, mais plutôt que de l’avouer, plutôt que d’esquisser le plus petit rictus de souffrance, le frère de Catherine avait ri. Il s’était moqué d’elle. Et sous un second coup au moins aussi violent, à peine avait il récupéré son souffle, qu’il prit la parole. « Vigdis, Vigdis, je sais que c’est vous, je sais pourquoi vous êtes venue ce soir. Je ne dirais rien, vous n’aurez donc rien à ramener à ma sœur, quoi qu’elle vous ait envoyé chercher ce soir » Il saignait pourtant, la lèvre fendue, en prononçant ces mots, mais il continuait de la narguer. Et plus elle voyait son visage, plus elle avait peur. Peur de l’avenir, peur de perdre sa liberté, son amitié avec Catherine, toute la vie qu’elle avait construite depuis son adolescence.

Alors elle l’avait frappé, et frappé encore, s’était même aidée de la lampe de bureau. Cet homme, devant elle, détruisait sa vie pierre par pierre, gifle par gifle, une goutte de sang après l’autre. Elle pleurait, et chaque coup porté sanglotait plus fort. Hugo Maskell était devenu l’objet même de la folie, de l’emprisonnement, du mal absolu. Tout ce qu’elle avait voulu, son unique volonté alors que résonnaient dans le camion les échos de ses coups avait été de l’empêcher de la blesser encore, qu’il ne se dresse plus jamais devant elle. Puis dans un dernier cri, le corps pourtant solide comme le roc du PDG c’était affaissé.
S’effondrant, hoquetant sur le sol de métal froid, Vigdis, ses gants de cuir luisants de sang, avait laissé s’enfuir la folie. Elle tremblait comme une feuille, lorsqu’elle se tourna vers Gil, catastrophée. Ce dernier, toujours dos à la paroi métallique du transport, la regardait de deux yeux écarquillés, inquiet de sa prochaine réaction, et triste à la fois.

Elle n’avait rien envisagé de faire, elle ne pensait plus à rien, sinon à sa fatigue, à sa peur, à la mort. Mais à cet instant, ce fut Hugo Maskell qui choisit la sienne. Les liens l’enserrant n’avaient pas été noués afin qu’il soit battu à mort, aussi au cours de la pluie de coups, s’étaient-ils desserrés. L’ex-pilote savait qu’il vivait ses derniers instants. Il ne voyait plus, n’entendait plus, et son corps avait cessé de lutter. Un instant inconscient, il avait pris une dernière fois une grande bouffée de cet air qu’il avait aimé toute sa vie, mélange d’huile, d’essence, de chaleur confinée de moteur. Puis il s’était levé, se tenant sur ses deux jambes pourtant boursouflées de contusions, et s’était redressé, dans un sinistre craquement d’os.

Vigdis avait vu alors surgir devant elle, se dressant dans la lumière l’homme qu’elle venait de tuer. Debout alors qu’elle gisait à ses pieds, et que ses plaies monstrueuses se reflétaient dans la lumière blafarde et froide du lieu, elle ne pensa qu’une chose. Hugo Maskell était revenu des morts pour l’emporter avec lui. Elle dégaina son pistolet, tentant de se relever mais se traînant au sol pour s’éloigner de lui, et poussa un cri à pleins poumons, en appuyant sur la gâchette. Un cri de désespoir et de folie, qui sembla résonner sans fin dans la carcasse métallique du transport officiel.
Elle n’arrivait plus à se remémorer comment elle avait pu sortir du camion, ni même à regagner la voiture, et sans doute Gil avait-il du l’aider. Elle se souvenait juste ensuite avoir conduit, conduit toute la nuit pour s’éloigner au plus vite de ses démons, de cette folie qui s’était emparée d’elle ce soir là.

« Je ne peux pas être complice d’un meurtre. » Répéta Gil en secouant la tête. Vigdis osa observer son regard quelques secondes. Elle avait à nouveau perdu son souffle, son cœur s’emballait à nouveau. Gil ne voulait pas monter dans cet avion, il allait parler à la police, leur dire avec quelle violence elle avait battu puis abattu Hugo Maskell.
Il ne voulait plus la protéger, il voulait lui nuire, sans doute même la faire enfermer. Déjà sa main gauche avait saisi la crosse du SigSauer rangé dans la portière du conducteur. Elle tremblait, elle haletait presque. Elle ne devait pas le faire ! Mais Gil, même s’il lui promettait, parlerait, sinon aujourd’hui, alors un autre jour, ou autour d’un verre, ou lors d’un cauchemar, et alors ils sauraient tous, ils la renieraient, et elle irait finir sa vie en prison. Elle allait y mourir, et tout cela par sa faute. Il voulait sa mort, il voulait qu’elle souffre ce qui lui restait de vie. Aucun doute possible. Elle se tourna alors rapidement vers lui, et colla le canon du pistolet sur la tempe de l’imposant garde du corps, qui lui jeta un regard implorant, et ouvrit la bouche pour la supplier de le laisser en vie. Elle ferma les yeux.

Il ne voulait pas être complice d’un meurtre ? Alors il en serait la victime. Puis elle appuya de toutes ses forces sur la gâchette, étouffant un sanglot.

Tuesday, May 08, 2007

Find It (10)

Place de la Concorde, Paris.

Son cœur battait encore la chamade, alors que son chauffeur se faufilait habilement dans l’impossible circulation parisienne. Il lui avait semblé retenir sa respiration jusqu’à ce que les portières se soient refermées. Elle avait accepté, en apparence à contrecoeur, de rentrer chez elle, de suivre le conseil de ce fouineur de capitaine Sandier, avant de pousser un soupir de soulagement. Evidemment, elle n’avait jamais imaginé que ce jeu eut été facile à jouer, mais avec cet homme, elle ne savait toujours pas à quoi s’attendre : tantôt il semblait la suivre avec la complaisance qu’affichent perpétuellement les hommes à son contact, tantôt il s’affirmait avec une détermination qu’elle avait rarement pu observer.

Il avait failli remarquer son petit manège, mais son geste avait été un chef d’œuvre de rapidité. Cependant, elle avait l’avantage de savoir quoi chercher, et où le trouver... Dès son entrée dans la chambre, elle avait scruté la pièce, et faisant mine basse durant la crise d’identité de ce petit capitaine, avait continué son analyse. Puis elle l’avait aperçu, sur la commode, juste à côté de la table de nuit, le traditionnel bloc de papier à en-tête du Crillon. Positionné de la même manière, à l’exacte place où l’on pouvait le trouver lors de l’installation dans l’une de ces magnifiques chambres.
Elle avait alors joué le tout pour le tout, et alors que Sandier était penché sur l’ordinateur de son frère (s’il l’avait connu, il aurait su ne rien y trouver, Hugo n’ayant jamais vu une utilité personnelle dans un ordinateur, et ne l’utilisant que parce qu’il y était obligé par son travail), elle avait rapidement parcouru les quelques pas qui la séparaient de la commode, profitant de la douce moquette pour n’émettre aucun son, et s’était saisi du carnet. Elle avait cru rater plusieurs battements de cœur lorsqu’il l’avait apostrophé, alors que le bloc n’était encore qu’à demi enfoncé dans son minuscule sac Prada.

Mais son pari était le bon. N’étant pas habitué aux hôtels de luxe, le capitaine n’avait pas remarqué la disparition du carnet, s’était focalisé sur elle comme elle y avait compté, et avait quelques secondes plus tard achevé sa visite de la chambre de son frère, avant de la raccompagner au rez-de-chaussée, jusqu’à sa voiture.
La famille proche d’Hugo Maskell seule connaissait l’un de ses plus invisibles défauts. En effet, s’il arrivait à s’en accommoder par un rangement exceptionnel et un emploi du temps sans surprises, il avait un cruel problème de mémoire courte : il était incapable de se rappeler les détails d’une discussion, de restituer une phrase telle qu’on venait de la prononcer, ou même de citer de mémoire les différents évènements de la journée qu’il venait de vivre. Cependant, il n’en souffrait quasiment pas et avait réglé son quotidien de façon à ce que le problème ne se pose pas.

Voilà pourquoi il notait avec précision ses entretiens téléphoniques. Et le papier que Catherine Maskell venait de détacher de son support était le rapport fidèle de la conversation qu’avait eu son frère avec un inconnu, la veille au soir.

Une semaine plus tôt, alors, qu’il déjeunait avec Catherine, au département de direction de la marque (elle dirigeait le service de publicité), il lui avait dévoilé le secret concernant la Dream GT, le salon, l’engouement, la chasse. Elle avait mis un certain temps avant de digérer l’affaire, mais elle n’avait pu se résoudre à croire que son frère ignorait à quel endroit précis la voiture était cachée. Pouffant de rire, il lui avait posé la main sur l’épaule, en lui disant « À vrai dire on me confirmera une liste de lieux, incluant le bon ! » Il était ravi de son concept « Je sais, bien sûr je leur ment, mais au moins on ne pourra pas me faire chanter… ».

Catherine sentit comme une boule au fond de sa gorge, et refoula un sanglot à la pensée de son frère. Qu’avait-il pu se passer ? Il n’était pas censé perdre la vie ce soir là ! Elle avait certes attendu un appel de la police, la veille, mais le sol s’était soudain dérobé sous elle à l’annonce de la mort de son frère. L’affaire avait tourné à la catastrophe, et elle ne pouvait plus faire confiance à personne. Dans un regard lourd de tristesse, elle regarda fixement le morceau de papier, puis se redressa.
Au moins à présent, elle avait la liste.

Quatre voitures derrière la berline Bentley bleu marine de Catherine Maskell, une Peugeot banalisée laissait la riche héritière prendre de l’écart. Matthieu Sandier réfléchissait longuement, laissant le lieutenant Kermadec conduire; il dévorait malgré l’heure tardive, un épais croissant aux amandes. Puis décidant que son acolyte avait sans doute un avis sur l’affaire, il l’interrogea.