le 100ième post: Find It (7)
Debout devant son poste de télévision, cet homme était littéralement furieux.
Levé tôt pour écouter la déclaration surprenante de Hugo Maskell, il avait toute la journée commencé à organiser son emploi du temps afin de participer à la chasse pour la Dream GT. Et maintenant, juste quand il se passionnait enfin pour quelque chose, voilà qu’un sombre concurrent avait sans doute assassiné le seul homme capable de savoir ou était cachée la voiture…
La journée tournait mal pour Domingo Carmello. Pourvu qu’il ait emporté son secret dans la tombe, que nous ayons une chance de la retrouver, se dit-il, morose, contemplant le quartier s’étendant au pied de ses murs.
Oh bien sur, il n’allait pas lui-même parcourir le monde pour la chercher. Il avait passé l’age, à 75 ans, de se battre sur le terrain. Encore jeune, en Espagne, il avait fugué pour s’embarquer à bord d’un cargo pour l’Inde. Rapidement, il avait créé son affaire, qui avait prospéré, d’abord difficilement, puis à une vitesse telle qu’il ne lui restait plus qu’à prendre sa retraite, la vie de son unique fils ne suffisant pas à dépenser tout l’argent qu’il avait accumulé. Homme de passions, il avait multiplié les mariages, les navires, les villas puis les palais, enfin les voitures. Pourtant, un coursier bloqué dans des embouteillages l’avait privé d’une promesse d’achat sur la Maskell Dream Gt.
Au premier regard il l’avait désiré, ressentant en lui comme une émotion, telle la rencontre de deux âmes faites l’une pour l’autre. Malgré tout, son souhait de conduire une Dream GT semblait compromis…
Jusqu’à ce matin du 3 octobre, quand il avait pressenti dès l’annonce la vibrante excitation de la chasse, de la poursuite, indices après indices, d’une énigme aux dimensions mondiales. Tout ça pour qu’un imbécile tue le PDG de la marque et profite de la voiture.
C’était quand même trop bête. Impossible d’en rester là…
L’un des employés du château le surprit au milieu de ses réflexions pour annoncer l’arrivée de son fils, qu’il se leva pour recevoir. Esteban Carmello, portrait fidèle de son géniteur, était un homme des plus séduisant, à qui tout réussissait. Cependant, né dans l’opulence, il s’était fait plus remarquer aux yeux de son père pour ses innombrables faux pas que pour de réelles réussites. Enfant unique et gâté, il bénéficiait pourtant du soutien de son père aussi souvent que ce dernier était la pour l’aider. Cependant, il en avait déjà largement profité, voire abusé.
Esteban ne répondit pas tout de suite au regard interrogateur de Domingo, et ne cilla pas quand il remarqua dans les yeux de son père une colère toute prête à éclater. Il choisit même de ne pas s’asseoir dans le gigantesque fauteuil tout cuir qu’il lui présentait.
« Père, je suis venu dès que j’ai appris la nouvelle. Quelle opportunité !
-Esteban, mon fils, ton… opportunité a été littéralement… Tuée dans l’œuf (il eut un sourire désolé, puis continua). Quelqu’un, je ne sais pas qui, a tué Hugo Maskell.
-Cela aussi je l’ai appris, père, mais je suis venu pour t’annoncer ma décision de continuer tout de même. J’ai beaucoup usé de la fortune que tu as gagné au cours de ta vie, et rarement avec l’honneur nécessaire à ce genre de dépenses. Laisse moi me racheter aujourd’hui.
Domingo Carmello n’en laissa rien paraître, mais il avait su décrypter dans le regard de son fils la même étincelle qu’il pouvait observer dans le miroir au temps où, jeune, arrogant et sans un sou, il avait tenu tête à tous les indiens qui n’avaient supporté de voir un espagnol se hisser aussi haut. A 79 ans, il avait longtemps espéré voir ce changement dans l’attitude de son fils, puis, presque résigné, il avait profité des plaisirs de sa retraite, persuadé, dans un sens, que tout ce qu’il avait construit s’effondrerait lorsqu’il partirait. Maintenant, son fils, arqué sourire aux lèvres sur l’un des fauteuils de son petit salon, lui redonnait l’espoir. Il laissa donc sa colère et son scepticisme de côté.
-Et tu penses qu’à toi seul tu vas retrouver la voiture que le monde est en train de chercher, plus vite même que les assassins qui sans doute savent ou elle est cachée ?
-Père, je trouverai cette voiture et je te l’apporterai, même si pour cela je dois partir seul demain et sans ton appui, même si je dois examiner chaque cave de la vieille Europe, chaque grenier des Amériques et chaque jardin de notre belle Asie…
Domingo Carmello se leva alors, prit quelques secondes de réflexion, sourit puis hocha la tête. Il se souvint de la phrase qu’il avait peinte lui-même sur chacun des navires qu’il avait possédé les 40 dernières années: "C’est de rêves que naissent les empires". L’heure était au passage de témoins, décida-t-il.
-Très bien. Alors pars maintenant, fils, et sache que j’ai foi en toi, que je te soutiens. Mais avant de partir, n’oublie pas que ce n’est pas un voyage d’affaires que tu entreprends, que ce n’est pas une négociation avec un syndicat, mais qu’il s’agit d’une course dangereuse, pour laquelle on a déjà tué, et, à mon avis, pour laquelle on tuera encore. Souviens toi toujours qu’il ne s’agit que d’une voiture, et que rien ne vaut une vie humaine, si pauvre soit-elle. Agis sans remords mais n’aie rien à regretter à ton retour… Et si tu dois un jour oublier d’où tu viens, et ne plus savoir où tu vas, n’oublie jamais qui tu es. Tu es mon fils… Et tu honores ton père."
Ils s’étreignirent alors quelques secondes, avant qu’Esteban Carmello ne tourne le dos à son père, à son cocon, à sa vie de débauche si tranquille.
Domingo ne le regarda pas s’en aller. En son for intérieur, il était persuadé que son fils réussirait.
Il prierait tout de même jour et nuit pour sa vie.
Levé tôt pour écouter la déclaration surprenante de Hugo Maskell, il avait toute la journée commencé à organiser son emploi du temps afin de participer à la chasse pour la Dream GT. Et maintenant, juste quand il se passionnait enfin pour quelque chose, voilà qu’un sombre concurrent avait sans doute assassiné le seul homme capable de savoir ou était cachée la voiture…
La journée tournait mal pour Domingo Carmello. Pourvu qu’il ait emporté son secret dans la tombe, que nous ayons une chance de la retrouver, se dit-il, morose, contemplant le quartier s’étendant au pied de ses murs.
Oh bien sur, il n’allait pas lui-même parcourir le monde pour la chercher. Il avait passé l’age, à 75 ans, de se battre sur le terrain. Encore jeune, en Espagne, il avait fugué pour s’embarquer à bord d’un cargo pour l’Inde. Rapidement, il avait créé son affaire, qui avait prospéré, d’abord difficilement, puis à une vitesse telle qu’il ne lui restait plus qu’à prendre sa retraite, la vie de son unique fils ne suffisant pas à dépenser tout l’argent qu’il avait accumulé. Homme de passions, il avait multiplié les mariages, les navires, les villas puis les palais, enfin les voitures. Pourtant, un coursier bloqué dans des embouteillages l’avait privé d’une promesse d’achat sur la Maskell Dream Gt.
Au premier regard il l’avait désiré, ressentant en lui comme une émotion, telle la rencontre de deux âmes faites l’une pour l’autre. Malgré tout, son souhait de conduire une Dream GT semblait compromis…
Jusqu’à ce matin du 3 octobre, quand il avait pressenti dès l’annonce la vibrante excitation de la chasse, de la poursuite, indices après indices, d’une énigme aux dimensions mondiales. Tout ça pour qu’un imbécile tue le PDG de la marque et profite de la voiture.
C’était quand même trop bête. Impossible d’en rester là…
L’un des employés du château le surprit au milieu de ses réflexions pour annoncer l’arrivée de son fils, qu’il se leva pour recevoir. Esteban Carmello, portrait fidèle de son géniteur, était un homme des plus séduisant, à qui tout réussissait. Cependant, né dans l’opulence, il s’était fait plus remarquer aux yeux de son père pour ses innombrables faux pas que pour de réelles réussites. Enfant unique et gâté, il bénéficiait pourtant du soutien de son père aussi souvent que ce dernier était la pour l’aider. Cependant, il en avait déjà largement profité, voire abusé.
Esteban ne répondit pas tout de suite au regard interrogateur de Domingo, et ne cilla pas quand il remarqua dans les yeux de son père une colère toute prête à éclater. Il choisit même de ne pas s’asseoir dans le gigantesque fauteuil tout cuir qu’il lui présentait.
« Père, je suis venu dès que j’ai appris la nouvelle. Quelle opportunité !
-Esteban, mon fils, ton… opportunité a été littéralement… Tuée dans l’œuf (il eut un sourire désolé, puis continua). Quelqu’un, je ne sais pas qui, a tué Hugo Maskell.
-Cela aussi je l’ai appris, père, mais je suis venu pour t’annoncer ma décision de continuer tout de même. J’ai beaucoup usé de la fortune que tu as gagné au cours de ta vie, et rarement avec l’honneur nécessaire à ce genre de dépenses. Laisse moi me racheter aujourd’hui.
Domingo Carmello n’en laissa rien paraître, mais il avait su décrypter dans le regard de son fils la même étincelle qu’il pouvait observer dans le miroir au temps où, jeune, arrogant et sans un sou, il avait tenu tête à tous les indiens qui n’avaient supporté de voir un espagnol se hisser aussi haut. A 79 ans, il avait longtemps espéré voir ce changement dans l’attitude de son fils, puis, presque résigné, il avait profité des plaisirs de sa retraite, persuadé, dans un sens, que tout ce qu’il avait construit s’effondrerait lorsqu’il partirait. Maintenant, son fils, arqué sourire aux lèvres sur l’un des fauteuils de son petit salon, lui redonnait l’espoir. Il laissa donc sa colère et son scepticisme de côté.
-Et tu penses qu’à toi seul tu vas retrouver la voiture que le monde est en train de chercher, plus vite même que les assassins qui sans doute savent ou elle est cachée ?
-Père, je trouverai cette voiture et je te l’apporterai, même si pour cela je dois partir seul demain et sans ton appui, même si je dois examiner chaque cave de la vieille Europe, chaque grenier des Amériques et chaque jardin de notre belle Asie…
Domingo Carmello se leva alors, prit quelques secondes de réflexion, sourit puis hocha la tête. Il se souvint de la phrase qu’il avait peinte lui-même sur chacun des navires qu’il avait possédé les 40 dernières années: "C’est de rêves que naissent les empires". L’heure était au passage de témoins, décida-t-il.
-Très bien. Alors pars maintenant, fils, et sache que j’ai foi en toi, que je te soutiens. Mais avant de partir, n’oublie pas que ce n’est pas un voyage d’affaires que tu entreprends, que ce n’est pas une négociation avec un syndicat, mais qu’il s’agit d’une course dangereuse, pour laquelle on a déjà tué, et, à mon avis, pour laquelle on tuera encore. Souviens toi toujours qu’il ne s’agit que d’une voiture, et que rien ne vaut une vie humaine, si pauvre soit-elle. Agis sans remords mais n’aie rien à regretter à ton retour… Et si tu dois un jour oublier d’où tu viens, et ne plus savoir où tu vas, n’oublie jamais qui tu es. Tu es mon fils… Et tu honores ton père."
Ils s’étreignirent alors quelques secondes, avant qu’Esteban Carmello ne tourne le dos à son père, à son cocon, à sa vie de débauche si tranquille.
Domingo ne le regarda pas s’en aller. En son for intérieur, il était persuadé que son fils réussirait.
Il prierait tout de même jour et nuit pour sa vie.


3 Comments:
ah ben je viens de m'appercevoir d'une erreur dans le texte. Bon une fois n'est pas coutume, je la laisse j'espère que vous la trouverez ^^... bonne chasse!
@plus
Trop la flegme de chercher l'erreur...
Mon avis critique tu le connais, je laisse les autres se faire leur propre idée. Pour le positif, l'histoire se tient bien, et l'intro des nouveaux perso est parfaite...
A suivre...
bon, j'ai lu assez vite mais vais quand même tenter ma chance...
erreur: l'age de Carmelo père: 75 ans d'abord... et un peu plus loin, il a 4 ans de plus en quelques minutes :p
wos meinsch ? sech kuhet ?
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