Find It (16)
***
L’objet avait immédiatement capté son regard. Ecartant quelques feuilles, Vigdis s’en empara d’un geste rapide, toujours aux aguets. En métal teinté sombre, cerclé d’aluminium chromé et tenant parfaitement dans sa main, ce qu’elle avait d’abord pris pour un simple téléphone faisait également fonction d’agenda électronique. Considérant l’endroit de la découverte, et le fait que l’appareil n’était qu’en veille, elle en déduit malgré la fatigue qu’il était tombé d’une des poches de son ancien garde du corps, tandis qu’elle traînait son cadavre.
Elle ne le reconnût pas pourtant. De par son métier dans la sécurité, Gil devait se tenir constamment informé, et Vigdis Semendsen l’avait plus d’une fois aperçu au téléphone avec ses responsables. Il utilisait un mobile classique de couleur bleue, le seul modèle, lui avait-il un jour déclaré, avec un clavier qui puisse convenir à ses gros doigts. Or celui qu’elle tenait dans ses mains était un modèle très onéreux, multifonctions et surtout, entièrement tactile.
Curieuse, elle l’enfouit dans sa propre poche, se concentra pour choisir des points d’appuis solides, et dans un effort qui lui sembla surhumain, elle se releva, et retourna jusqu’à son bolide en boitant. Avant de pouvoir repartir, avant même de pouvoir s’asseoir dans le cuir de luxe que tout son corps réclamait, elle devrait encore nettoyer la zone recouverte par le sang de son ancien compagnon. Tentant de ne pas penser à ses gestes, elle empoigna un mouchoir brodé qu’elle avait trempé, et frotta l’intérieur sanglant de sa Mercedes avec l’énergie du désespoir.
***
« -Vous disiez ?
-Je suis désolé monsieur, mais son téléphone n’est pas dans son bureau. Vous savez, il avait un excellent système de rangement, il était très ordonné, je pense qu’il devait l’avoir avec lui lorsque… La secrétaire d’Hugo Maskell avait de toute évidence passé assez de temps dans le bureau de ce dernier pour s’en rappeler l’émouvant souvenir. Un meurtre tel que celui-ci laissait des blessures profondes, et les victimes ne sont pas uniquement sur les avis de décès.
-C’est aussi mon avis, mademoiselle. Je suis désolé pour la perte de votre employeur. Soyez assurée que nous mettons tous nos moyens dans la recherche de son agresseur. A ce propos, pourriez vous me rendre un dernier service ?
-Bien sûr monsieur. De quoi avez-vous besoin ? Demanda-t-elle avec espoir.
-Puis-je obtenir le numéro de portable de votre patron ? »
Il nota rapidement le numéro sur son calepin, puis termina sa conversation avec la secrétaire dans une douceur remarquable. Mieux valait ne pas la brusquer, d’autant qu’il risquait d’appeler à nouveau, voire de se rendre sur place.
A peine le combiné fut-il raccroché que Matthieu Sandier composait un autre numéro, en interne. Il sentait déjà, sous son col de chemise, les frissons lui parcourir l’échine. La partie venait à peine de commencer, mais il était grand temps qu’il commence à avancer ses propres pions.
« Oui bonjour je souhaiterais localiser un téléphone portable. »
***
Vigdis Semendsen tourna la tête directement vers l’endroit auquel elle avait enterré le cadavre. Son compère avait ainsi dérobé l’agenda électronique d’Hugo Maskell ! Cela ne fit qu’apaiser le souvenir de sa violente matinée. Il avait tenté de la duper, de la doubler, qui sait, peut-être même de gagner sur tous les fronts, elle en prison et lui retrouvant la Dream GT…
Jamais il ne lui serait venu à l’idée que la veille au soir, une fois Hugo Maskell définitivement mort, son garde du corps avait du réagir pour la sauver, sans quoi elle serait restée sur place, le pistolet tendu vers l’ex-PDG jusqu’à l’arrivée de la police. Jamais elle n’aurait imaginé à cet instant qu’il avait rapidement empoché ce téléphone qui trônait sur le bureau improvisé dans le camion, avant de prendre Vigdis par le bras et de la pousser au dehors jusqu’à sa voiture.
Peu lui importait le passé. Elle réalisa qu’elle détenait dans sa main tremblante de meurtrière ce pourquoi elle avait promis à son amie de rendre visite à Hugo Maskell. La batterie était faible, et le téléphone allait bientôt s’éteindre. Elle navigua alors rapidement dans la mémoire de cet assistant électronique, vérifiant les différents dossiers, faisant courir frénétiquement ses doigts sur l’écran tactile. Puis elle faillit lâcher l’objet. Un simple fichier « Samedi 2 octobre ».
Elle avait tué pour cette information, deux fois, et voilà que par le moyen le plus impromptu, elle trouvait une raison valable de ne pas vouloir finir sa vie avant le coucher du soleil. A présent, elle possédait la Liste.
***
La patience me fait défaut dans des moments comme celui-ci, pensa Matthieu Sandier. Il dévalait les marches qui le conduisaient dans un sombre bureau du premier étage de la brigade. Il voulait voir de ses propres yeux les résultats de la recherche, localiser ce téléphone était devenu sa première priorité. Il y avait de bonnes chances que ce dernier soit éteint, évidemment, auquel cas il serait impossible d’obtenir des coordonnées, mais il fallait, arrivé à un certain stade, commencer à croire en sa chance.
Sa requête était toujours en cours de traitement, et en entrant dans la petite pièce exiguë, il entendit l’ordinateur peiner au point d’engendrer la pitié du capitaine.
Son collègue, qui gérait le service des immatriculations, empreintes et autres bases de données à l’échelle nationale et européenne, avait pour particularité d’être muet. Ils partageaient quelques fois leurs déjeuners, et se connaissaient assez bien l’un et l’autre, malgré leurs problèmes de communications : l’un ne pouvait pas parler, l’autre ne prononçait pas un mot. Et spécialement ce jour là, Matthieu Sandier se sentit démasqué au moment ou il franchissait la porte : Ce petit homme au teint blafard avait immédiatement compris que le capitaine était comme un enfant devant le sapin de Noël. La machine brisa le silence, et dans un tintement on ne peut plus logiciel, annonça le fruit de sa recherche.
Une page complète de renseignements était affichée, mais Matthieu Sandier sauta directement le premier paragraphe pour lire ce qui l’intéressait. Sortant son assistant électronique, il nota frénétiquement ce qu’il était venu chercher, remercia son collègue d’un grand sourire, puis remonta dans son bureau aussi vite que ses jambes le lui permettaient. Puis il se décida pour un coup de poker, et saisit encore une fois son téléphone.
« Allo, Mademoiselle Maskell ? Le capitaine Sandier à l’appareil. Dites moi, j’aimerais savoir ce que l’assassin de votre frère fabrique en Belgique. »
L’objet avait immédiatement capté son regard. Ecartant quelques feuilles, Vigdis s’en empara d’un geste rapide, toujours aux aguets. En métal teinté sombre, cerclé d’aluminium chromé et tenant parfaitement dans sa main, ce qu’elle avait d’abord pris pour un simple téléphone faisait également fonction d’agenda électronique. Considérant l’endroit de la découverte, et le fait que l’appareil n’était qu’en veille, elle en déduit malgré la fatigue qu’il était tombé d’une des poches de son ancien garde du corps, tandis qu’elle traînait son cadavre.
Elle ne le reconnût pas pourtant. De par son métier dans la sécurité, Gil devait se tenir constamment informé, et Vigdis Semendsen l’avait plus d’une fois aperçu au téléphone avec ses responsables. Il utilisait un mobile classique de couleur bleue, le seul modèle, lui avait-il un jour déclaré, avec un clavier qui puisse convenir à ses gros doigts. Or celui qu’elle tenait dans ses mains était un modèle très onéreux, multifonctions et surtout, entièrement tactile.
Curieuse, elle l’enfouit dans sa propre poche, se concentra pour choisir des points d’appuis solides, et dans un effort qui lui sembla surhumain, elle se releva, et retourna jusqu’à son bolide en boitant. Avant de pouvoir repartir, avant même de pouvoir s’asseoir dans le cuir de luxe que tout son corps réclamait, elle devrait encore nettoyer la zone recouverte par le sang de son ancien compagnon. Tentant de ne pas penser à ses gestes, elle empoigna un mouchoir brodé qu’elle avait trempé, et frotta l’intérieur sanglant de sa Mercedes avec l’énergie du désespoir.
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« -Vous disiez ?
-Je suis désolé monsieur, mais son téléphone n’est pas dans son bureau. Vous savez, il avait un excellent système de rangement, il était très ordonné, je pense qu’il devait l’avoir avec lui lorsque… La secrétaire d’Hugo Maskell avait de toute évidence passé assez de temps dans le bureau de ce dernier pour s’en rappeler l’émouvant souvenir. Un meurtre tel que celui-ci laissait des blessures profondes, et les victimes ne sont pas uniquement sur les avis de décès.
-C’est aussi mon avis, mademoiselle. Je suis désolé pour la perte de votre employeur. Soyez assurée que nous mettons tous nos moyens dans la recherche de son agresseur. A ce propos, pourriez vous me rendre un dernier service ?
-Bien sûr monsieur. De quoi avez-vous besoin ? Demanda-t-elle avec espoir.
-Puis-je obtenir le numéro de portable de votre patron ? »
Il nota rapidement le numéro sur son calepin, puis termina sa conversation avec la secrétaire dans une douceur remarquable. Mieux valait ne pas la brusquer, d’autant qu’il risquait d’appeler à nouveau, voire de se rendre sur place.
A peine le combiné fut-il raccroché que Matthieu Sandier composait un autre numéro, en interne. Il sentait déjà, sous son col de chemise, les frissons lui parcourir l’échine. La partie venait à peine de commencer, mais il était grand temps qu’il commence à avancer ses propres pions.
« Oui bonjour je souhaiterais localiser un téléphone portable. »
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Vigdis Semendsen tourna la tête directement vers l’endroit auquel elle avait enterré le cadavre. Son compère avait ainsi dérobé l’agenda électronique d’Hugo Maskell ! Cela ne fit qu’apaiser le souvenir de sa violente matinée. Il avait tenté de la duper, de la doubler, qui sait, peut-être même de gagner sur tous les fronts, elle en prison et lui retrouvant la Dream GT…
Jamais il ne lui serait venu à l’idée que la veille au soir, une fois Hugo Maskell définitivement mort, son garde du corps avait du réagir pour la sauver, sans quoi elle serait restée sur place, le pistolet tendu vers l’ex-PDG jusqu’à l’arrivée de la police. Jamais elle n’aurait imaginé à cet instant qu’il avait rapidement empoché ce téléphone qui trônait sur le bureau improvisé dans le camion, avant de prendre Vigdis par le bras et de la pousser au dehors jusqu’à sa voiture.
Peu lui importait le passé. Elle réalisa qu’elle détenait dans sa main tremblante de meurtrière ce pourquoi elle avait promis à son amie de rendre visite à Hugo Maskell. La batterie était faible, et le téléphone allait bientôt s’éteindre. Elle navigua alors rapidement dans la mémoire de cet assistant électronique, vérifiant les différents dossiers, faisant courir frénétiquement ses doigts sur l’écran tactile. Puis elle faillit lâcher l’objet. Un simple fichier « Samedi 2 octobre ».
Elle avait tué pour cette information, deux fois, et voilà que par le moyen le plus impromptu, elle trouvait une raison valable de ne pas vouloir finir sa vie avant le coucher du soleil. A présent, elle possédait la Liste.
***
La patience me fait défaut dans des moments comme celui-ci, pensa Matthieu Sandier. Il dévalait les marches qui le conduisaient dans un sombre bureau du premier étage de la brigade. Il voulait voir de ses propres yeux les résultats de la recherche, localiser ce téléphone était devenu sa première priorité. Il y avait de bonnes chances que ce dernier soit éteint, évidemment, auquel cas il serait impossible d’obtenir des coordonnées, mais il fallait, arrivé à un certain stade, commencer à croire en sa chance.
Sa requête était toujours en cours de traitement, et en entrant dans la petite pièce exiguë, il entendit l’ordinateur peiner au point d’engendrer la pitié du capitaine.
Son collègue, qui gérait le service des immatriculations, empreintes et autres bases de données à l’échelle nationale et européenne, avait pour particularité d’être muet. Ils partageaient quelques fois leurs déjeuners, et se connaissaient assez bien l’un et l’autre, malgré leurs problèmes de communications : l’un ne pouvait pas parler, l’autre ne prononçait pas un mot. Et spécialement ce jour là, Matthieu Sandier se sentit démasqué au moment ou il franchissait la porte : Ce petit homme au teint blafard avait immédiatement compris que le capitaine était comme un enfant devant le sapin de Noël. La machine brisa le silence, et dans un tintement on ne peut plus logiciel, annonça le fruit de sa recherche.
Une page complète de renseignements était affichée, mais Matthieu Sandier sauta directement le premier paragraphe pour lire ce qui l’intéressait. Sortant son assistant électronique, il nota frénétiquement ce qu’il était venu chercher, remercia son collègue d’un grand sourire, puis remonta dans son bureau aussi vite que ses jambes le lui permettaient. Puis il se décida pour un coup de poker, et saisit encore une fois son téléphone.
« Allo, Mademoiselle Maskell ? Le capitaine Sandier à l’appareil. Dites moi, j’aimerais savoir ce que l’assassin de votre frère fabrique en Belgique. »


1 Comments:
très belle continuité :)
heureusement que j'ai lu les deux dans la foulée, j'aurais craqué si je n'avais pas eu ce nouveau post à me mettre sous les yeux :D
juste une remarque: "Je suis désolé pour la perte de votre patron" -> lol ^^ la flicaille qui parle :p (enfin le mot patron dans cette phrase est un peu cru... employeur aurais fait plus "propre" à mon sens...)
sinan, l'ordi de la police qui peine :D... c'est sûr que c'est pas du bi-opteron qu'ils ont dans leurs UCs :D (loul trip de geek, faites pas attention :p)
sur ce, faut aller la lire où la suite ? sur le site ? ou tu vas encore poster sur le blog ?
tous nos commentaires du blog seront perdu pour les posts précédents alors ? :( :( :(
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