Blog de l'Etudiant Irrecuperrable

Parce que mes 52 heures de fac hebdomadaire ne me suffisent pas. Parce que les sciences rendent con. Parce que la vita est bella... Parce que je fais 1m74 et que le monde est grand, Pour moi, pour elle, pour vous aussi, il le fallait, ce blog.

Monday, May 21, 2007

Find It (14)

St Denis, France

Il l’avait eu sous ses yeux toute la journée, sans jamais la regarder vraiment. Lucas Barnes avait pourtant bénéficié de quelques courtes heures de sommeil décalées, alors qu’il s’était endormi sur le tapis de son salon, là frôlant presque, alors que les brouillons et les pages d’agendas étaient étalés dans toute la pièce. A son réveil, une tasse de thé bouillant avait failli glisser entre les doigts du journalise pour se répandre sur elle, mais au dernier moment, un bon réflexe l’avait sauvée. Après quoi elle avait été glissée à la va-vite dans la pochette du jeune homme, toujours en train de s’habiller et déjà sur le départ.

Sur le bureau de chêne de Jean Auriard, le rédacteur en chef de « Passionnément Auto », elle avait été balayée d’un revers de la main comme ses sœurs, avait pris un mauvais pli lorsqu’elle avait heurté le sol, mais dans l’absolu, avait été épargnée lorsque ledit rédacteur avait commencé à frapper son sous main de ses poings serrés, rabrouant le jeune journaliste, qui avait laissé s’échapper la plus grosse affaire de cette fin d’année, qui pour toutes les autres catégories, s’avérait plus que morne pour le paysage automobile. Elle avait traîné au sol tandis que le vieil homme expliquait avec de crus mots à son cadet que la Chasse Maskell représentait la raison même de vivre d’un hebdomadaire tel que « Passionnément auto », que le public attendait tellement plus que des clichés ratés, affreux, sans intérêt et que chacun avait pu voir au journal du soir, il y avait 5 jours de cela.

Penaud, Lucas Barnes n’avait pas livré bataille comme il avait pourtant prévu de le faire, debout quasiment à côté d’elle, quelques heures auparavant. Il avait laissé passer la tempête et l’avait remise dans sa pochette, tremblant, augmentant encore la pliure qui la traversait de part en part. Congédié, le jeune journaliste devait continuer d’étudier ses notes, et devait pouvoir présenter des faits devant le rédacteur en chef avant le lendemain soir, bouclage du journal. Rentré chez lui sur le coup de midi, il la laissa dans la pochette sur la table de la cuisine alors qu’il réchauffait un plat de pâtes la mort dans l’âme. Frôlant une fois encore une catastrophe avec la sauce bolognaise, posée en équilibre sur un dessous de plat à côté d’elle, Lucas avait ruminé son entretien avec son supérieur durant toute la durée du repas. C’est uniquement à l’heure de la sieste, tandis qu’il ouvrait sa pochette afin d’étaler une fois encore les éléments qu’il possédait sous ses yeux, qu’il la regarda vraiment.

Soupirant tout en tentant de remettre à plat le pli qui la rendait bancale, il avait jeté un coup d’œil à ce cliché, qui révélait à lui seul la morosité de la tâche aux portes des usines Maskell : Cette photo du camion réfrigérée, alors qu’épuisé il avait machinalement appuyé sur le sensible déclencheur… Il l’avait observée distraitement au cours de sa longue veillée, bien sûr, mais plus par ironie qu’avec un réel intérêt. Après tout, il ne s’agissait que d’un banal poids lourd, qui devait mesurer quelque chose comme une douzaine de mètres de long. Mais là, juste à côté de cette vilaine pliure, un détail semblait comme clignoter à son attention. Retroussant ses manches, il déballa une fois encore toutes les autres photos, puis les pages de son carnet de notes, et reprit sa réflexion.

Elle ne fut pas longue, car Lucas Barnes décida de passer quelques appels. Il avait entre les mains la possibilité de démarrer sur une piste facilement, et de ne pas éveiller l’attention. Ca en vaut la peine, pensa-t-il. Puis il décrocha son téléphone, baissa le regard et composa le numéro peint sur le flanc du camion.

« -Deffrage Transports et Livraisons bonjour. La voix qui répondait au jeune journaliste était sèche, lasse.
-Bonjour, je vous appelle pour un renseignement…
-Autant vous le dire tout de suite, le coupa-t-elle, nous n’avons rien à voir avec la Chasse Maskell, et puisque vous alliez sans doute poser la question, oui nous les approvisionnons, et non nous ne transportons pas de voitures. Cette courte explication suffit alors aux yeux de Lucas pour justifier la voix rauque de la réceptionniste de la société : Comme chaque personne et chaque entreprise à avoir été en contact avec Maskell, Deffrage Transports avait sans doute été pris d’assaut. Au moins, il savait ce qu’il ne fallait pas dire…
-Ah pardon de vous déranger mais vous vous méprenez. De fait, je suis président de la coopérative des commerçants de… (Reprenant son souffle, il se pencha rapidement sur la carte de la région étalée sous ses yeux, cherchant un village isolé)… Védules ! Je dois vous dire que nous envisageons de louer les services de votre société pour un prochain marché local. A entendre le soupir de soulagement de son interlocutrice, Lucas savait qu’il avait remporté la partie.
-Et quels sont les services que nous pouvons vous offrir ?
-Eh bien nous aurions grandement besoin d’un camion réfrigéré, mais je dois vous poser une question que nous considérons comme importante : Possédons-nous le droit d’apposer des scellés sur le poids lourd en question ?
Un blanc de quelques secondes s’ensuivit, au cours duquel le jeune homme se crût démasqué.
-C'est-à-dire qu’en général nos clients ont une confiance suffisante dans nos services… Mais si vous désirez absolument le faire, vous en avez le droit… »

Lucas Barnes avait raccroché. A présent, il se sentait en pleine forme, et il allait avoir besoin de toute son attention dans les 36 heures à venir. Puisqu’il lui fallait un scoop à rapporter à son rédacteur en chef avant le lendemain soir, il allait devoir rouler tout ce qu’il restait de la journée. Et sans doute une bonne partie de la suivante. Il passa un dernier appel, puis brassa rapidement les documents, qu’il rangea dans sa pochette, et quitta son appartement sans un mot, une seule image en tête.

Dix nuits durant il avait pu voir à deux heures piles du matin un camion réfrigéré entrer dans le site, et en ressortir une dizaine de minutes plus tard. Il avait pourtant fallu qu’il déclenche son flash l’unique nuit pour laquelle le poids lourd avait été scellé avant de quitter l’usine Maskell.

1 Comments:

Anonymous Anonymous said...

raaah purée !! ils se rapprochent tous au compte goute là !!

c'est limite insoutenable par moments de la lire ton histoire ^^

enfin bon, j'ai les nerfs solides et une très grande patience :)

j'attends la suite :)

Do$

11:18 AM  

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