Blog de l'Etudiant Irrecuperrable

Parce que mes 52 heures de fac hebdomadaire ne me suffisent pas. Parce que les sciences rendent con. Parce que la vita est bella... Parce que je fais 1m74 et que le monde est grand, Pour moi, pour elle, pour vous aussi, il le fallait, ce blog.

Friday, March 31, 2006

Le 24 mars

Dans la salle prépa il ne résonnait que les bruits incessants de notre partie à quatre en réseau local. Chaque nouvelle vague de monstres se faisait irrémédiablement réduire en charpie par nos constructions sans cesse plus dévastatrices…
Un gigantesque coup porté sur les fenêtres de la salle nous fit tous sursauter. Il fut suivi d’une sorte de vibration en profondeur qui sembla résonner en nous, sorte de frissonnement de la terre. Nous avions tous tourné le regard vers les vitres, et sur les stores, qui les avaient si violemment percutés. Interloqués, curieux, Chris et JC se sont immédiatement précipités à la fenêtre pour chercher l’origine d’un tel phénomène. Ce n’est que lorsque nous fûmes tous agglutinés pour regarder dehors que nous vîmes un groupe d’élèves sortir de l’Essaim avec Mr Perrone (l’un des responsables de la prépa), l’air manifestement inquiets. Arrivés à l’angle du bâtiment, ils s’arrêtèrent, comme choqués, et montraient du doigt quelque chose que nous ne pouvions pas voir depuis la salle. Cela dit, étant donné les visages des élèves, la situation était manifestement grave.

JC était le premier dehors, je le suivais de près, enfilant ma veste en dévalant les marches. Nous suivaient Chris et Stéphane, tout aussi prompts à quitter la salle malgré la précipitation. Une fois à l’extérieur, rien ne semblait à première vue être alarmant. Cela dit en regardant mieux, nous aperçûmes un panache de fumée blanche dériver au dessus de l’Enstim, puis quelques volutes de fumée l’élevant doucement en contrebas. Aussitôt, nous avons convergé vers ce qui semblait être, après une petite discussion avec les autres, la source d’une explosion. Il s’agissait de l’Ensmu, et nous l’avons su dès notre passage à côté de l’Ensitm, en observant un groupe de professeurs dont mon voisin courir vers l’école de chimie, encore cachée par les arbres. Nous avons alors dévalé plus ou moins chaotiquement les buttes qui nous séparaient de l’école de chimie, avant de l’apercevoir, dévoilée au fur et à mesure que nous progressions à travers le rideau d’arbres.

La vision fut saisissante, et coupa net notre élan. Devant nous s’élevait en perspective le bâtiment de l’Ensmu dédié à la recherche et aux TPs, ou du moins ce qu’il en restait. L’explosion (car nous n’avions plus aucun doute à se sujet à cet instant) avait totalement éventré la construction. L’épicentre était situé à peu près au milieu du rez-de-chaussée, mais les dégâts s’étendaient aux trois étages dans toutes les directions. La façade avait complètement disparu et nous pouvions distinguer nettement les entrailles de l’école de chimie. L’intérieur même était complètement dévasté, exposant à nos yeux un spectacle de désolation, tout de morceaux arrachés, de panneaux branlants, de pans entiers de murs détachés par la violence de l’explosion. Le paysage s’étendant devant nous était totalement surréaliste, du bâtiment touché par le drame qui nous sembla dans la précipitation et le choc causé par cette catastrophe n’être plus qu’un tombeau ouvert, une ruine branlante, jusqu’à l’annexe principale de l’Ensmu dont il ne semblait plus rester une seule vitre intacte, en passant par le grand espace entre les deux bâtiments, petite prairie d’herbe fraîche souillée de milliers de fragments projetés par le souffle : verre, papiers, contreplaqué, une chaise, la façade écrasée à terre… Le son entêtant d’une alarme de l’école résonnait sans fin dans le silence qui s’était abattu sur les lieux, alors que tout autour de nous se massaient d’autres étudiants, tout aussi abasourdis par ce qu’ils vivaient.

Dans un mouvement presque simultané il y eut tout un remue ménage à l’entrée de l’école de chimie. La situation était chaotique, car on voyait des élèves rentrer à l’intérieur en courant, tandis que d’autres tentaient d’empêcher leurs camarades de retourner sur les lieux, les agrippant avec une force empreinte de désespoir. Un autre regard sur le bâtiment me retourna l’estomac : on apercevait des flammes de plus en plus intenses s’élever à l’intérieur, tandis qu’un désordre grandissant régnait à l’entrée, avec l’arrivée sur places de professeurs eux-mêmes divisés, un groupe qui entra d’un seul mouvement, l’autre qui tenta de faire régner un semblant de calme. Autour de nous, la foule fluctuait au fil des informations, et des incompréhensions. D’aucuns voulaient à tout prix entrer et tenter de sauver des élèves, qui, nous a-t-on dit, étaient bloqués au troisième étage, tandis que d’autres s’éloignaient, horrifiés, en pleurs, en sang pour quelques uns que nous vîmes passer avec angoisse.
Je m’avançais à mon tour malgré mon cœur qui s’emballa immédiatement, car je ne pouvais concevoir des élèves bloqués et sous la menace du feu. Plus je me rapprochais plus l’odeur se mêla aux autres sensations, parfum acre de la poussière de béton, de la fumée s’élevant du brasier et de la mousse de la bonbonne anti-incendie que l’on venait d’apporter. Là tout le monde criait, et j’eus la gorge serrée car personne ne savait quelle information était la bonne au milieu des pleurs, des débris et du vent de panique qui se répandait à notre insu bien au-delà du campus. Je fus arrêté à une 20aine de mètres par un jeune professeur ou assistant encore vêtu de sa blouse blanche, maculée de terre et de traces diverses, qui hurla au milieu du brouhaha que tout le monde devait immédiatement quitter les lieux, car ni l’explosion ni l’incendie n’avaient encore atteint les réserves des différents produits dangereux, qui sont toujours stockés dans les caves, bien à l’abri croyons nous, de ce type de construction adaptée à la recherche.

L’idée d’une seconde explosion, sensiblement plus puissante et dévastatrice fit régner d’elle-même un certain affolement qui poussa tout le monde, moi y compris, à reculer sensiblement pour s’éloigner. Cela dit, nous étions plus d’un partagés, affolés, les larmes aux yeux, imaginant quelque élève blessé au troisième étage, bloqué par le feu sans porte de sortie, quelqu’un qui a un bâtiment près est un copain, un ami, qui a une famille et sans doute une copine loin d’ici, et qui pourtant est condamné par le sort. Cette idée seule me fit frissonner plusieurs minutes, dans un dégoût total devant ce que je contemplais sans pouvoir pour autant en détourner le regard, comme un film de guerre sans alerte au bombardement, comme un film d’action sans un Schwartzie pour jeter tout le monde à terre avant que ça pète… Quelle est à ce point différente de tout ce qu’on a jamais pu imaginer, la réalité.

Quelques minutes à peine se sont écoulées depuis que nous nous sommes levés, en salle prépa, mais ce temps m’a paru s’écouler en heures entières avant que je puisse voir un policier courir vers nous, nous répétant de nous éloigner, de partir.
Dans de pareils moments une action de « forces de l’ordre » est toujours écoutée, parce que l’on sait inconsciemment que tout est en train de rentrer dans l’ordre, que les pompiers vont arriver et sauver tout ceux qu’ils pourront trouver et lutter contre le feu. Cela pourtant, n’enleva pas les larmes qui étaient apparues aux coins de mes yeux, ni le nœud qui me serrait l’estomac, sorte de trac anonyme, peut-être la vraie peur, la peur pour les autres.

De retour dans la salle, nous somme tous pris de sentiments contradictoires, appelons nos proches pour les rassurer à l’avance, discutons de ce que nous venons de vivre, de l’horreur qui s’est emparée de nous, imaginons sans peine des groupes de TP entiers ensevelis d’un coup sous les décombres, n’osons envisager d’avoir cours cette après-midi là tant nous sommes retournés par le choc.

Après tout cela, comment s’étonner lorsque nous ne comprenons pas les médias, lorsque nous ne cessons de contredire le bilan officiel (un mort, une blessée grave et quelques dizaines de blessés) en imaginant sans cesse une 20aine de cadavres encore non découverts… Comment comprendre notre sentiment lorsque nous voyons des images de dégâts moindres à la télévision et que tous expliquent qu’heureusement « ce n’est pas très grave »…

Car pour nous, pour beaucoup, cet événement restera très important. Pour la famille du professeur chercheur, celle de l’assistante grièvement blessée, pour tous ceux qui ont versé leur sang ce jour là, et pour nous, spectateurs impuissants devant l’incroyable.

Wednesday, March 08, 2006

Ah, l'amour...

L'amour est une mer profonde et sans visage appellant des marins intrépides à voguer sur ses flots tumultueux, tantôt miroir éclatant de l'aube, tantôt océan déchaîné zêbré d'éclairs: c'est ça, l'amour.

L'amour est une montagne plus haute que le toit du monde, que tous veulent gravir, avides de ses sommets, intrépides devant ses pics infranchissables et ses crevasses profondes, mais subjugués devant son aura de pouvoir et de magnifiscience: c'est ça, l'amour.

L'amour est une ville surpeuplée qui laisse pourtant sa place à chacun et chacun à sa place, se joue des intrigues politiques et ne compte pas son argent, mais laissée au pouvoir du peuple, sans murs et sans loi: c'est ça l'amour.

L'amour est un bonsaï sur le balcon de la vie, ses branches parfaites appellant à l'espoir, ses feuilles aux ramures imparfaites sont autant de couples, étincellantes à la rosée du matin, froissées, ternies parfois au crépuscule, vivantes de la sève éternelle et de l'envie qui les raccroche aux branches: c'est ça, l'amour.

L'amour est un paquet cadeau du schtroupmf farceur, au papier brillant, à l'aspect inoffensif avec un splendide ruban rouge satiné tout autour, boite de Pandore à l'intérieur de laquelle se cache un cocktail chimique prèt à exploser, tel une machine à électrochocs prète à ramener un coeur à la vie: c'est ça l'amour.

L'amour est un maëlström de sensations, un condensé de bohneur, une gargantuesque décharge de plaisir quand deux corps s'enlacent n'écoutant plus que leur coeur, quittant la terre et le temps qui passe: c'est aussi ça, l'amour.

Pour parler simplement et brêvement, l'amour, c'est quoi?
Une multitude de tout, un rien qui créé l'évennement, une mixture adorable, un parfum de paradis, un vent de fraîcheur, un château de sable face à la marée montante, une feuille de style CSS, une flèche un peu space de l'arc de Cupidon, un baiser infini devant un coucher de soleil, le ronflement d'un 12 cylindres, une fraise-chantilly avec un peu de sucre canelle, le petit rot d'un bébé sur nos genoux après le biberon, Apocalypse Now de Muse, un head shot à 300m sur CS, l'infinité de la voie lactée, les étoiles filantes, la fin de la guerre, le premier baiser, le second baiser, le déchaînement des sens, la recette du sourire, d'indéfinissables caresses, une descente en plate-board, la coupe du monde 98, un battement de coeur, une larme au coin de l'oeil, une vieille photo de famille, une pizza 4 fromages après 15jours en chine, un nouveau livre, un tableau à regarder des heures qui ne lassera jamais, une chaîne brisée, un sourire d'enfant, une chute libre sans fin, un décollage vertical, une apesanteur de l'esprit, un tourbillon romantique, un secret murmuré au creux de l'oreille, une histoire coquine, une coquine, un bouquet fleuri de jalousies de toutes les couleurs, une histoire sans fin, une multitude de tout, un rien qui créé l'évennement...

L'amour c'est tout ça pour moi. En moi.
C'est tout ça en même temps et ce n'est rien à côté d'elle dans mes bras.
Joyeux anniversaire ma chérie.

Friday, March 03, 2006

Les chemins de la Barbake (chap 3)

Une branche de cet arbre énorme craqua alors, brisant le silence créé par le cri de la créature. Il fut suivis d'autres craquements, d'une suite impressionnante de grognements entrecoupés de "oh meeerde", puis d'un mouvement de répit, avant la chute de la bête devant nos yeux équarquillés.
Lorsqu'elle se fut débarassée des feuilles et brindilles qui la recouvraient, nous découvrâmes qu'il s'agissait d'une simple fille, qui, non contente de nous défier, s'était cassée la gueule de l'arbre.
Elle se releva péniblement, maudit rapidement l'arbre duquel elle venait de tomber, puis nous regarda, l'air sévère. Malgré cela, aucun d'entre nous n'aurait pu articuler un seul mot: nous étions écroulés de rire. Michel, cependant, quelques secondes plus tard, fixait l'inconnue sans un mot, l'air plus sérieux que jamais. A vrai dire, un vrai duel mental semblait s'être engagé entre les deux personnages... Quelques instants plus tard, le padawan haussa subitement les épaules en ronchonnant. Coupant court à toute remarque, la fille avança d'un pas:
"-Bonjour messieurs, je suis Béné. 'xcusez moi pour mon... apparition, mais je me suis un peu trop penchée sur la branche.
-Ben... Salut... Tu faisais quoi là haut, au fait? Demanda Chris.
-Je vous suivais bien sur! Je faisais mes exercices quand vous êtes passés, sur le chemin, en faisant tout le bruit nécessaire pour qu'on vous entende jusqu'à l'autre bout du Lac... J'ai voulu en savoir plus...
-Et si ce n'est pas indiscret, que faisais tu dans ce trou paumé? Des excercices de quoi?
Je suis Psycholectrice, je lis dans vos pensées comme je lirais le journal Expliqua-t-elle, faisant résonner sa voix dans nos têtes. Je hasardais un coup d'oeil à Chris, qui prenait la nouvelle sans broncher, et Michel, qui déglutissait péniblement. Rassurez vous, je n'y lis que ce qui m'intéresse, je sais très bien ce que je pourrais trouver dans un esprit de mec... Elle continuait à fixer Michel, qui avait pris une teinte cramoisie et tentait de se concentrer, rassemblant toutes ses forces.
"-Inutile aussi d'essayer de me cacher quelque chose, Michel: c'est mon seul pouvoir et je le maîtrise très bien. Maintenant que je vous ai tout dit, que je sais qui vous êtes et ce que vous faites, je pense que je vais venir avec vous: il pourrait bien se passer des trucs intéressants, et une bonne grosse quète, ça ne fait de mal à personne!
-Qu'est ce qui te fait croire qu'on veut que tu viennes avec nous? Fulmina Michel.
-Pas besoin de vous poser la question, je le sais déjà, répondit-elle, et puis, si tu voulais me taper, tu l'aurais déjà fait. De plus, j'ai quelques pouvoirs féminins intéressants!
-Ah oui? (Nous étions tous à la fois curieux et réservés, car elle eut pu nous ensorceler ou essayer denous berner... Mais un "pouvoir féminin", c'est toujours intéressant à observer)
-Regardez par vous mêmes! Elle fit soudain une pirouette en arrière, manquant encore une fois de se ramasser par terre, puis un demi tour rapide, et un mouvement des mains alternativement de haut en bas, dans un mouvement triangulaire: Une tente apparût au milieu de la route, et une douce effuve, celui d'un goulash de boeuf, se répandit dans l'atmosphère...
-C'est bon, tu peux venir avec nous, avons nous répondu simultanément. Aussitôt, la tente disparut en fumée, laissant nos estomacs gargouillants d'envie et nos poings se serrer devant cet acte ignoble.
Je ne suis pas sure que vous le méritez, les mecs...
-Au fait tu voudrais bien arrêter de nous psycholire maintenant qu'on est ensemble?

Je fais ce que je veux, moi entendis-je résonner dans mon esprit, tandis qu'elle me jetais un coup d'oeil mutin. Je soupirais, tandis que la communauté se mettait en marche. Au fur et à mesure que nous avançions, longeant les berges du Lac au Soleil couchant, dans un paysage à couper le souffle, nous apprenions à nous entendre avec béné, qui effectuait régulièrement des incursions dans nos esprits, pour nous poser quelque question indiscrète ou quelque remarque sur l'un ou l'autre d'entre nous (d'autant qu'étant de sexe féminin, elle semblait intarrissable).
Alors que nous étions iluminés par les derniers rayons de l'astre, j'étais épuisé par toutes ces discussions.
"Le voyage risque d'être encore long", pensais-je

Et encore, il y a des fois ou je peux être insupportable