Blog de l'Etudiant Irrecuperrable

Parce que mes 52 heures de fac hebdomadaire ne me suffisent pas. Parce que les sciences rendent con. Parce que la vita est bella... Parce que je fais 1m74 et que le monde est grand, Pour moi, pour elle, pour vous aussi, il le fallait, ce blog.

Tuesday, October 31, 2006

Find it! (1)

Personne ne savait. Depuis l’assemblage du châssis jusqu’à la dernière goutte de peinture, personne ne se doutait de quoi que ce soit. Elle était tout simplement merveilleuse, comme ses sœurs alignées dans le grand hangar de chez Maskell, sa carrosserie aux angles effilés semblait scintiller même avec le peu d’éclairage. Fine, racée, puissante, elle semblait vouloir à tout moment s’élancer de son box pour parcourir les pistes, défier les chronomètres, se laisser admirer sous les flashs incessants des journalistes du prochain salon mondial de l’automobile. Pour le prix auquel elle allait être annoncée, elle disposait de tous les équipements dernier cri, de toutes les options possibles, et de près de deux années de conception. Sous les crayons des designers, elle était déjà un rêve, mais avec les experts, les statisticiens, les publicitaires, et une véritable prouesse des services artistiques elle était d’ores et déjà une star mondiale, qui laisserait une empreinte indélébile dans l’histoire de l’automobile. Le monde entier l’attendait, et Maskell, en laissant filtrer son prix de départ (1 million de dollars) et quelques photos flouées des essais sur circuit privé, n’avait fait qu’attiser les rumeurs. Les clients comme les concurrents se massaient depuis plus de 3 semaines devant les grilles de l’usine, espérant en vain l’apercevoir.

Bien sûr, certains des ouvriers travaillant sur les chaînes de montage s’étaient demandés pourquoi en plus des modèles d’essais, on construisait deux modèles d’exposition, mais une note avait passé, assurant que la marque, soucieuse comme toujours de son image, enverrait un second modèle au cas où le premier subirait un accroc au cours de son exposition… Aucun doute ne s’était donc immiscé, les deux voitures étaient strictement identiques, couleur, sellerie, décor intérieur étant pourtant modulables. En plus des trois modèles destinés aux essais, surchargés de capteurs électroniques, décorés de bandes réfléchissantes et perpétuellement modifiés en vue des différents tests, deux Maskell Dream GT flambant neuves étaient donc soigneusement garées ce soir là, dans le hangar C de l’usine Maskell.

Il était deux heures du matin, et il ne restait à cette heure aux grilles de l’usine que quatre journalistes, issus de pays différents, aux langues qu’ils ne partageaient pas, et fatigués par une autre soirée infructueuse. Lucas Barnes était l’un d’entre eux, et pour la cinquième soirée d’affilée, il se répétait qu’il perdait son temps devant les énormes portes de la firme. Il s’était cru chanceux, une semaine auparavant, lorsque son patron l’avait envoyé sur le terrain ! A présent il le regrettait amèrement. D’une part parce qu’il devait surveiller l’usine toute la nuit, et que malgré un matériel à plus d’un millier d’euros, sans sujet il ne pouvait pas prouver son talent. D’autre part, il faisait froid, et même s’il savait qu’il avait été désigné pour la nuit parce qu’il était encore jeune, son collègue plus ancien qui prenait le relais en journée aurait sans doute, lui, une photo valable… Il se tourna et jeta un coup d’œil à ses camarades d’infortune, qui endormis ou blasés, ne bougèrent pas d’un pouce. Engoncés dans leurs anoraks fermés jusqu’au menton, ils ressemblaient à des chasseurs, à ceci près que le gibier qu’ils traquaient était des plus insaisissables. Lucas y avait réfléchi longuement, et conclu que même si à cet instant précis, une Maskell Dream GT avait traversé la cour de l’autre coté de la grille, aucun d’entre eux n’aurait été assez éveillé pour prendre un cliché correct.

Aucun d’entre eux ne se formalisa de voir entrer un camion réfrigéré dans l’usine à cette heure, car cela faisait partie de la routine chronométrée du site de Maskell. Lucas l’avait vu venir de loin, et esquissé un sourire à l’idée qu’il avait eu la veille, de s’accrocher à l’arrière du camion pour pouvoir entrer dans l’usine, ramener le scoop de la semaine, décupler son salaire en deux petites minutes… Sans y croire vraiment, il avait scruté l’arrière du camion, et puis s’était ravisé : il n’aurait pas eu de prise pour s’y accrocher, et le service de sécurité de Maskell, il ne l’avait jamais vu à l’œuvre, mais ne doutait pas de son efficacité. Il s’appelait Barnes, pas Bond…

Une fois entré dans le complexe, le chauffeur n’eut plus à se préoccuper de faire la une des magazines du lendemain et se concentra donc sur sa tâche principale : livrer les surgelés qui assureraient le lendemain le déjeuner des 2000 employés qui prendraient leur repas dans le restaurant interne. La dernière palette déchargée, il jeta un coup d’œil inquiet à son carnet d’instructions, qui étaient en général très clairement expliquées.
Excepté ce soir là : il devait se rendre devant le hangar C précisément lorsque ses livraisons seraient terminées. Haussant les épaules d’un geste las, il claqua violemment les portes arrière de son camion, et sursauta. A coté de lui, un homme au costume rayé bien coupé, de grande taille, lui souriait comme s’il avait accompli un acte de bravoure. Puis ce dernier lui expliqua que tout ce qu’il avait à faire en plus ce soir, serait de faire marche arrière jusqu’à l’entrée du hangar C, d’attendre le feu vert, et de repartir pour le terminal de l’entreprise de livraison.

La Maskell Dream GT, numéro de série 002, avait été nettoyée une heure auparavant, comme ses sœurs. Puis, le calme revenu, 3 employés rigoureusement choisis avaient poussé la voiture jusqu’à une grande caisse de bois, l’avaient attachée fermement, et l’avaient ensuite entourée de 3 couches de couvertures dont une isolante, afin qu’aucune particule ne vienne à atteindre la voiture au cours de son périple. La caisse scellée, la porte du hangar C avait été ouverte, juste à temps pour laisser passer le camion réfrigéré. La manœuvre prit exactement 6 minutes, après quoi le chauffeur, soulagé de constater qu’il ne serait pas trop en retard au terminal, fut heureux de repartir, et de passer les grilles de l’usine, sous les yeux plus fatigués encore des journalistes de corvée. Pourtant l’un d’entre eux avait encore eu la force de déclencher son flash…

Lucas Barnes avait appuyé sur le déclencheur dans un geste machinal, avait pris cette photo sans même savoir pourquoi. Cette fois ses trois congénères le regardaient, et il fut presque désolé de les avoir tiré de leur léthargie. Il savait qu’il passait pour un idiot, avec cette photo de camion réfrigéré sur sa bande, et leurs sourires accentuaient bien cette idée... Enfin, moi au moins j’aurais gâché une photo, pensa-t-il.

Ils venaient de rater la plus grosse affaire de l’année.

2 Comments:

Blogger Dworak_of_sky said...

Maskell, je connais même pas comme marque...

Dream, ca va avec works pour moi ^^

et GT, ca me fait penser àune carte graphique Nvidia :p

lol ^^

n'empêche, j'aurai jamais cru apprécier un écrit sur le monde automobile :D

11:52 AM  
Blogger Bénédicte said...

Eh bien, je dois avouer que ça donne presque envie de s'intéresser aux bagnoles ;)
Plutôt intéressant, j'ai hâte de lire la suite ;)

11:33 AM  

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